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Le salon a toujours été perçu comme un espace de business, un média dont on résume la performance en visiteurs et en m². Il est pourtant un terrain de jeu parfait pour favoriser et valoriser l’innovation et la créativité exprimées par les parties prenantes (lieu, organisateur, exposant, visiteurs).

Introduction

Le salon est en fait un tiers-lieu [1], une zone de friction où les participants ne se retrouvent pas seulement en recherche de chiffre d’affaires, de notoriété ou de solution à un problème, mais aussi en quête d’inspiration. C’est un moment ou dirigeants et équipes peuvent et doivent prendre du recul, observer, découvrir, essayer, avoir de nouvelles idées. Chaque manifestation est un espace-temps –un événement, un vide, un événement, un vide –  un continuum que l’on peut animer par une dynamique de créativité pour en augmenter l’attrait et le sens. Picasso a dit : « les bons artistes copient, les grands artistes volent »

Mais stimuler la créativité et in fine développer les rapports commerciaux n’est pas seulement un art, c’est aussi une science. Or, il y a divergence entre ce que le monde de la science sait et ce que le monde des affaires fait. Chaque manifestation peut devenir une formidable opportunité pour tous les participants  – organisateurs et publics –  de  s’approprier des concepts scientifiques inspirants, de ceux qui font bouger usages et business model et qui parfois sont vieux de plusieurs décennies.

Or, il y a divergence
entre ce que le monde
de la science sait et ce que le monde des affaires fait
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Relever ce challenge passe par le changement de la perception historique « business » de ce tiers-lieu pour ouvrir les yeux sur son nouveau potentiel « créatif et d’apprentissage » comme d’autres secteurs et industries le font. Comme dans tout processus d’innovation, il y a d’abord cette phase d’ouverture et d’exploration avant la phase de focus sur l’exécution, étape préalable nécessaire dont peut faire sien l’univers des Salons. Du brainstorming au Design Thinking, en passant par d’autres méthodes de création, le Parcours des Idées est une démarche globale porteuse de sens et d’intérêt.

 

Le Parcours des Idées : itérer et créer avec méthode

C’est un atelier de co-construction qui réunit dans un parcours unique un ensemble de concepts scientifiques généralement utilisés séparément par des experts.L’objectif est de produire et évaluer de façon ludique et pragmatique des idées d’innovation en petits groupes de six personnes, grâce à des exercices spécialement conçus sur ces concepts et dans un « biorythme startup » dynamique. Les idées sélectionnées passent dans ce parcours, recueillent des points afin de sélectionner le MVP [2], la meilleure idée concrète à réaliser pour le prochain événement. Toutes les idées émises par les participants sont versées dans un « backlog », un premier réservoir dynamique des idées de transformation qui visent à améliorer un existant ou à permettre de faire quelque chose de nouveau. Ces ateliers peuvent se dérouler pendant et entre les salons, pour :

  • faire découvrir des concepts scientifiques de façon simple aux visiteurs et stimuler leur créativité
  • sélectionner, évaluer les idées d’amélioration et partager les meilleures entre organisateurs, exposants, visiteurs.

 

Un parcours en sept étapes permet de découvrir chaque concept, de passer chaque idée sous son éclairage et grâce au cumul des points obtenus, choisir la meilleure idée. C’est ce qu’on appelle un modèle mental [3]:

1. Quelle est la Cause Racine du problème [4]
2. Cette idée a-t-elle une ambition [5], une valeur, un intérêt supérieur ? (2009)
3. Cette idée permet-elle d’ouvrir un nouvel espace concurrentiel [6] ? (2004)
4. Quel besoin prioritaire [7] adresse cette idée ? (1984)
5. Cette idée va-t-elle vraiment changer quelque chose [8] ? (1973)
6. Cette idée va-t-elle faire gagner du temps à quelqu’un [9] ? (~1948)
7. Cette idée est-elle réalisable dans les trois mois ? – « Une idée sans réalisation est un songe» (Saint-Simon, Mémoires, 1829)

 

Focus : Etape 4, Le Modèle de Kano

Tout le monde n’aime pas acheter les mêmes produits, c’est une lapalissade. Quels sont les facteurs d’adoption d’un nouvel usage, d’un nouveau produit ? Pourquoi l’Apple watch est pré commandée avant sa commercialisation par un million de clients alors que les montres connectées des concurrents n’ont pas décollé ? En 1984, un professeur Japonais, Noriaki Kano a créé le « Kano model », qui classe les critères d’adoption d’un nouvel usage en trois catégories, les deux premières sont des « must have » (les incontournables), la troisième est celle du « delightful » (le délicieux, le séduisant, l’excitant).

Après la découverte du concept à travers des exemples pratiques, les participants vont l’appliquer à l’idée d’innovation qu’ils évaluent, en croisant exécution et satisfaction dans une matrice spécialement conçue et noter leur idée pour que celle-ci s’agrège dans la note globale. Chacune de ces étapes est bâtie de la même façon : découverte du concept, application à l’idée, notation. A la fin de l’atelier, les participants auront choisi une première idée à mettre en œuvre sous forme de MVP grâce à l’utilisation d’un même modèle mental, augmenté savoir et compétence, développé une pratique commune et reproductible. Que vous soyez gestionnaire de lieu, organisateur d’événement ou exposant, votre terrain de jeu et vos publics sont à ré-enchanter. Il peut devenir vraiment innovant, ludique et énergisant par des méthodes différentes mais qui ont toute le même objectif : créer et faire créer !

[1] Le tiers-lieu, ou la troisième place, est un terme traduit de l’anglais The Third Place faisant référence aux environnements sociaux qui viennent après la maison et le travail. C’est une thèse développée par Ray Oldenburg dans son livre publié en 1989 : The Great, Good Place.
[2] Minimum Viable Product est une stratégie popularisée par Eric Ries, auteur de The Lean Startup, pour le développement de nouveaux business model et produits.
[3] Modèle Mental : http://www.mymeetingsondemand.com/conduite-du-changement/des-modeles-mentaux-pour-tous/
[4] La méthode des 5 pourquoi a été inventée par Sakichi Toyoda, le « père des inventeurs japonais » qui a aussi fondé Toyota https://en.wikipedia.org/wiki/Sakichi_Toyoda
[5] Start with Why  est le best seller écrit par Simon Sinek https://startwithwhy.com/
[6] Blue Ocean Strategy est le best seller écrit par Renée Mauborgne et W Chan Kim, INSEAD qui a suscité la vocation de nombreux consultants et un prix https://blue-ocean-awards.com/
[7] Le modèle de Kano du nom de son auteur Noriaki Kano est une méthode  qui permet de classer la perception d’un produit ou d’un service en valeurs de satisfaction ou d’insatisfaction https://en.wikipedia.org/wiki/Kano_model
[8] Changements de Paul Watzlawick , école de Palo Alto http://www.seuil.com/ouvrage/changements-paul-watzlawick/9782757841891
[9] VSM méthode issue du Lean pour analyser les temps utiles et inutiles consacrés au produit fabriqué au client https://en.wikipedia.org/wiki/Value_stream_mapping

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