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Nous avons rencontré Renaud Barillet (R.B)directeur général associé de La Bellevilloise, lieu culturel nocturne iconique, et Robin Le Floch (R.LeF), 24 ans, formé à l’Ecole EAC Paris et depuis deux ans chargé de communication à La Bellevilloise. Ils nous parlent de la notion de communauté et de leur volonté de “décloisonner les mondes” et de faire de cet endroit un lieu d’interactions qui sort des cadres conventionnels.

La mission de la Bellevilloise est atypique, votre but c’est de rassembler des communautés ?

R.LeF : Pas exactement… L’objectif de la Bellevilloise est d’ouvrir le champ des possibles, décloisonner les mondes. Les projets sont intéressants car on essaye d’habiter des lieux où l’architecture est incroyable, et d’y faire une offre de proposition. Tout part de l’architecture, du patrimoine architectural qu’on investit, où l’on casse les codes.

Quelle est votre définition de la communauté? Comment crée-t-on une communauté?

R.LeF : Pour nous c’est un ensemble de personnes qui partagent des valeurs mais cette définition est restrictive, le lieu peut aussi être un référent commun. Beaucoup de salles mettent en avant un type de clientèle particulier, mais pour nous c’est trop restrictif, on se différencie par une programmation différente. On ne segmente pas la clientèle, notre objectif est de décloisonner les pratiques, l’idée étant de faire découvrir d’autres choses, on refuse de cibler la communication.

Tout notre travail
est de favoriser
 les interactions
entre les tribus,
entre les pratiques
dont on prétend
qu’elles ne répondent pas
aux mêmes codes.

R.B : On essaye de s’abstraire de la question des communautés. Une des notions de la communauté c’est le cloisonnement. Tout notre travail est de favoriser les interactions entre les tribus, entre les pratiques dont on prétend qu’elles ne répondent pas aux mêmes codes. Ce n’est pas faux, mais la réalité n’est pas aussi schématique. Dans le cadre de « Réinventer Paris », on croise plein de gens différents, des architectes, des politiques, des acteurs de l’immobilier, entre autres. Cela nous amène à réfléchir à comment, ensemble, on arrive à faire passer les mêmes messages à nos différents publics, avec quelle unité de lieu… Notre public est très hétéroclite, le fait qu’il soit curieux est peut-être la seule chose qui les rassemble. Quels sont les défis de la Bellevilloise ?

quels sont les défis de la bellevilloise ?

R.LeF : Le défi, il y a 10 ans, était que La Belleviloise se trouvait excentrée par rapport aux flux du centre de Paris. Le défi était de faire venir les gens. Aujourd’hui le défi est de poursuivre le décloisonnement. On ne veut pas aller dans la facilité de ce qu’on sait déjà faire mais toujours repousser nos limites et notre zone d’inconfort. On sait que les concerts de musique urbaine fonctionnent bien mais on essaye aussi d’associer au lieu des événements populaires, des événements politiques. Le défi est de conserver cette programmation globale. Finalement, le gros défi c’est de « rester accessible tout en étant pointu sur ce que l’on diffuse et accueille ». Ce challenge est largement récompensé par l’appétit de notre public.

Quelle est la « griffe » de la Bellevilloise ?

R.LeF : On a fait un travail important sur notre identité, notre singularité. La touche se ressent dans l’expérience que l’on propose lors de nos événements. On n’est pas une machine de l’événementiel, ça commence par une rencontre avec l’organisateur et si le feeling passe on continue, il y a aussi une fibre affective qui se produit entre l’organisateur et la personne. Il faut que chaque personne puisse passer dans la rue, voir de la lumière et avoir envie de venir ; qu’il sente que c’est possible de passer par la porte et que ce n’est pas un lieu ou événement fermé sur lui-même.

Quelle est la promesse que ce lieu véhicule à sa clientèle ?

R. B : Le sentiment d’appartenance, l’aspect tribal dans les modes de sorties, c’est la vie et c’est l’humain. Le lieu répond à une fonction vitale, ça sert la fonction de l’abri, d’être ému, de se reconnaître, de se rassurer. Notre métier, entre autres, c’est de créer des endroits où on se sent bien. L’endroit doit raconter des histoires, doit stimuler l’imaginaire et faire rêver. Au fur et à mesure de l’Histoire, on a perdu le côté populaire et on est passé à un cloisonnement des lieux. Il ne reste plus beaucoup de lieux qui permettent de mélanger des pratiques, c’est un enjeu qui reste intéressant pour nous, on s’intéresse au principe du Lobby du Grand Hôtel. Un principe qui suit la logique du complexe (hôtelier, sportif …), qui réunit dans un même espace plusieurs fonctionnalités.

Quelle est votre vision actuelle du Salon ?

R.LeF : J’ai l’image du Salon Post-bac en tête, c’est-à-dire une vision très utilitaire. Je m’y rends soit dans un but de découvrir, soit effectivement pour répondre à une demande précise. Je suis rarement allé au Salon comme je vais au Musée, ce n’est pas un loisir, ni un hobby, c’est parce que ça m’est utile

R.B : C’est vrai que les Salons sont souvent des espaces très cloisonnés. On y va quand on a un objectif : je souhaite voir tel sujet ou rencontrer telle sorte d’expertise. Est-ce que ce sont des espace-temps auxquels il manque quelque chose ? Je suis un peu fanatique du Salon quand j’y vais, je rentre dans ma bulle et je veux être tranquille quand je visite les salons, Maison & Objets ou encore le Salon Nautic. L’univers de la Déco me passionne et je suis très content de voir des pavillons nouveaux ou des intermédiaires qui interconnectent.

Pourtant, je trouve dramatique l’offre de restauration alors qu’on est sur des fournisseurs de Palace, c’est assez fou que les sites n’aient pas su installer une vraie expérience pour que l’on s’y sente bien. J’ai des amis qui travaillent sur des gros salons et les exposants ont hâte d’en finir, ils vivent un calvaire pendant 5 jours alors qu’on est sur une expérience de plaisir. Comment les soulager ? On a une pratique des petits Salons chez nous à La Bellevilloise car on accueille des évènements à « taille humaine » comme le Salon du Violon, de l’Accordéon, Salon de la Guitare, Grand Salon d’Art Adorable, ou le 1er OFF de la FIAC. Et on a toujours cherché à prolonger ces derniers en soirée, on organise des concerts à l’intérieur d’un événement, une sortie de mise en abîme. Certains prennent leur ticket pour l’expérience et viennent dans ce type de Salons comme au musée.

certains prennent

leur ticket

pour l’expérience

et viennent dans

ce type de Salons

comme au musée

Les Salons sont sujets à de nombreuses mutations, et se font notamment challenger par les market places en ligne ? Qu’en pensez-vous ?

La valeur ajoutée qu’on ne peut pas avoir en ligne, c’est le conseil, l’échange, les conférences en plus. Il y a des types d’échanges en plus, il y a du contenu annexe. Aujourd’hui, il y a un problème de connexion, il existe une rupture entre les participants et ce qui se passe dans les villes en question. On constate qu’il y a très peu de connexion entre la ville et les événements. Les faiseurs d’offres et de contenus à travers la métropole devraient être mieux considérés car ils sont vecteurs de business pour la France à travers le tourisme professionnel. 

Interview réalisée par Daphné BÉDINADÉ