6 MINUTES DE LECTURE

Nous avons rencontré Rose-May Lucotte, co-fondatrice de ChangeNOW, un sommet qui se tiendra du 30 Janvier au 1er Février 2020, au Grand Palais à Paris. Ce véritable laboratoire d’actions positives regroupera professionnels, étudiants, starts-up ou encore institutions. Le but ? Créer des rencontres qui donneront lieu à des projets innovants et positifs en matière d’environnement ! L’occasion de découvrir, à travers cette interview, la réflexion novatrice autour de cet évènement.

d‘où vient l’idée de la création de cet événement atypique qu’est ChangeNOW ?

L’idée de ChangeNOW a commencé à germer en 2015. Il se passait beaucoup choses à cette époque. On observait des attentes envers les gouvernements. On attendait d’eux qu’ils se mettent d’accord en matière d’environnement, qu’ils trouvent des solutions pour résoudre les grands enjeux climatiques, notamment pendant la COP 21. D’un autre côté, on insistait de plus en plus sur l’action citoyenne comme véritable moteur de ces changements-là. Ce qu’on oubliait de mentionner c’était la sphère privée : celle des entreprises. Ce que Change Now veut mettre en avant c’est que les entreprises elles aussi sont des gros acteurs, de vrais leviers à activer pour répondre aux urgences climatiques et sociales.

Comme déclencheurs, il y a donc eu la COP 21 en 2015 mais aussi le film Demain. Celui-ci présentait des solutions portées par des initiatives citoyennes mais aussi des initiatives entrepreunariales. Les territoires se développaient pour prendre en main de nouvelles choses, pour répondre à ces urgences. En parallèle, cette année-là, on voyait émerger des entrepreneurs qu’on appelle aujourd’hui des « entrepreneurs à impact », qui avaient vraiment l’ambition de s’atteler à ces urgences climatiques.

Notre constat en 2015, a été de comprendre qu’un entrepreneur avec l’envie de changer le monde, ne disposait pas d’un lieu de rencontre, de partage et ni d’un écosystème. Un des éléments qui fait la force d’un écosystème c’est justement sa capacité de se rassembler : c’est là où l’évènementiel joue un rôle clef ! Il existe déjà dans le monde plusieurs grands évènements qui ont un effet accélérateur sur l’ensemble de l’industrie. Toutes les industries ont leurs grands évènements clefs (aéronautique, sport, agriculture…) mais pas les entreprises qui veulent changer le monde. Il n’y avait pas d’évènement qui rassemblait tous les acteurs de cette nouvelle industrie. On a donc décidé de créer un évènement dont l’objectif est clair : être un accélérateur pour les entrepreneurs et entreprises qui veulent s’atteler aux urgences environnementales et sociales. Être un événement où l’action concrète est plus importante que le débat d’idée.

quel est l’écosystème naturel de cet événement que vous essayez de rassembler ?

Le but est de raccrocher tous les wagons. Etudiants, professionnels en reconversions… beaucoup de monde cherche à donner du sens à ce qu’il fait ! On essaye de montrer qu’on peut s’engager à travers son choix professionnel. Avec eux, on montre aussi au monde ces solutions qui émergent. Alors, ChangeNow devient une vitrine. L’évènement participe à faire prendre conscience des changements sociaux qui se mettent en place et des possibilités multiples. Il ne s’agit plus d’être dans un discours anxiogène mais de contrebalancer ce sentiment d’impuissance. Accompagner ces choix et ces solutions en les réfléchissant ensemble. Face à ces urgences, on ne peut pas isoler la sphère privée, de la sphère citoyenne ou gouvernementale. Donc, à l’intérieur de l’évènement, on tente de créer le maximum de ponts avec des élus, des ministères, ect. Le but est de permettre à tous les acteurs de pouvoir se parler. Et c’est très rare ! L’an dernier nous avons créé une délégation de conseillers internes qui sont venus à la rencontre d’entrepreneurs. Les retours ? Des rencontres concrètes avec des porteurs de solutions, et l’initiation de collaborations entre des startups et des grandes villes internationales ! C’était la première fois que des réseaux d’élus étaient partenaires d’un événement de la sphère privée, et les partenariats ont été renouvelés et même étendus à l’échelle mondiale.

quelle forme événementielle avez-vous décidé d’adopter pour accomplir les objectifs de votre écosystème ?

D’un point de vue éditorial, nous mettons en avant une vitrine de l’innovation positive, à l’instar des grands Expositions Universelles du début du XXème siècle. Mettre en avant des solutions au potentiel transformationnel est vraiment le cœur du concept. Cela se traduit par une mise en design particulière :

  • Une partie exposition qui sort du format classique du stand puisque l’idée est de permettre de concrètement toucher et tester les solutions possibles. Quelque chose d’assez expérientiel pour le visiteur. C’est une véritable logique d’entrée de contenu, l’exposition est une zone de contenu et non de la vente de solutions.
  • Le deuxième format concerne la partie conférence qui propose des formats inspirants. Le but est de faire venir des pionniers et innovateurs qui sont des références dans le monde et qui viennent parler de leurs actions concrètes. Un retour concret d’expériences et d’actions menées. Nous ne sommes pas sur du débat mais de la démonstration de ce qui marche.
  • Notre troisième pilier est de créer la rencontre. Cette partie networking est primordiale pour permettre aux personnes de se rencontrer mais surtout de rencontrer les bonnes personnes et de tisser des synergies de travail et business.

 

justement, comment favoriser la rencontre ?

Nous organisons des speed datings en étant très impliqués dès l’amont. Trois semaines avant l’évènement, nous invitons les participants à consulter un catalogue regroupant les personnes présentes sur l’évènement. Ensuite, un service de conciergerie s’occupe d’attribuer des rendez-vous et des tables numérotées afin de s’assurer que la rencontre aura lieu. On crée ensuite la rencontre, on la met en scène et l’organise pour s’assurer que la rencontre sera efficace. Par exemple, nous accueillons une délégation de maires et travaillons avec eux sur les besoins de leurs villes en amont de l’événement. Nous rentrons en quelque sorte dans la stratégie de nos visiteurs. Et à partir de leurs problématiques exprimées en amont, nous créons la rencontre avec ceux qui ont des solutions.

favoriser la rencontre avec un fort Retour sur Investissement est la promesse de nombreux événements. Comment traitez-vous cet aspect ?

D’une manière générale, nous mesurons toutes les synergies entre projets que notre évènement crée.

Notre valeur ajoutée, en tant qu’événement, consiste à créer des rencontres qui donneront lieu à des projets qui aboutiront concrètement. Suivre et mesurer tout cela est essentiel, alors 6 mois après l’événement, nous recontactons nos porteurs de projet pour savoir si les échanges ont abouti. ChangeNOW essaye aussi créer les conditions de levée de fonds entre investisseurs et startups. Et de la même manière, nous essayons de le mesurer après l’événement pour prouver que notre promesse est réelle. D’une manière générale, nous mesurons toutes les synergies entre projets que notre évènement crée.

quelle est votre vision de l’ouverture que doit avoir un événement en termes de publics, d’exposants à valoriser, de speakers à mettre sur scène ?

 

Nous avons une vision très inclusive de ce que doit être un événement. A ChangeNOW, Nous rassemblons des réseaux multiples, des grands industriels comme des organismes et institutions et veillons à ne pas être clivant. Notre ligne éditoriale propose une palette de tons et d’horizons afin de considérer le plus grand nombre de personnes, sans jugement de ce qui a été mal fait dans le passé. Ce qui nous intéresse c’est l’action positive ; ce n’est pas la marque derrière un projet mais la solution concrète créée à destination de l’intérêt général. Tout est une question de point de vue : on parle contenu et non promotion.

Ce qui nous intéresse c’est l’action positive ; ce n’est pas la marque derrière un projet mais la solution concrète créée à destination de l’intérêt général. Tout est une question de point de vue : on parle contenu et non promotion.

doit-on aller vers des évènements engagés et exemplaires ?

Nous avons commencé il y a trois ans et avons eu la chance de partir de zéro et de pouvoir choisir directement des prestataires engagés ! Cette année, nous travaillons par exemple avec Co-recyclage qui nous a mis en lien avec le Forum de la Paix. On réemploie donc leur mobilier, qui a désormais droit à une seconde vie ! On a aussi enlevé la moquette après un premier essai sans et… ça n’avait rien changé ! Ce sont des préjugés car dans les faits, il existe beaucoup d’alternatives, il suffit de les identifier et de les anticiper. La gestion des déchets est malheureusement souvent traitée en dernière minute, il faut changer cela.

La contrainte économique est souvent mise en avant pour retarder la transformation mais je dirais que c’est un faux sujet. Il y a aussi une contrainte esthétique qui n’est pas dite mais empêche de changer. Tout est une question de définition et de conception du « beau » ; aujourd’hui des grandes banderoles imprimées, c’est peut-être « beau » mais ça commence aussi à être choquant. Idem pour la moquette. Donc à choisir, il vaut mieux anticiper et moins dépenser. Aujourd’hui, nous tendons vers un évènement engagé. Alors pourquoi ne pas mettre en pratique les principes ? Cette forme d’exemplarité est nécessaire pour donner du crédit à notre contenu.

Un dernier mot aux professionnels du secteur ?

Nous croyons aux événements qui mettront en avant du contenu et des expériences utiles à vivre pour les publics. Nous croyons à la notion d’être un laboratoire, un lieu de test et d’expérimentation de solutions. Et nous croyons enfin aux nouveaux formats d’évènement et nouvelles façons de les créer.

Interview, reportage et article réalisés par Margaux Biscarrat