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L’article en trois points : 

– ENCHANTE, c’est une philosophie qui vise à répondre par l’espace, aux besoins des usages sociaux de la ville. 

– Pour ENCHANTE, le meilleur moyen de connecter les publics est de s’intéresser d’abord à eux et leurs besoins quotidiens plutôt qu’à l’offre de manière théorique. 

– Il faut partir de la vision du consommateur, du client ou du visiteur, afin de créer un ryhtme évident pour les riverains, dans les lieux choisis. 

Frédéric Lambert

Fondateur de la structure ENCHANTE

Avant la crise sanitaire, l’Innovatoire a rencontré pour vous Frédéric Lambert, fondateur de la structure ENCHANTÉ depuis maintenant deux ans, initiatrice entre autres de plusieurs lieux phares comme le Jardin Suspendu. Il nous parle ici de leur volonté forte de recréer du lien social par le lieu de vie, en mettant au cœur de leur valeur les attentes et les besoins des riverains pour créer des lieux adaptés et évolutifs.

Pourriez-vous nous présenter enchanté et son concept ? 

Le cœur, le point de départ dENCHANTÉ, c’est l’agence de communication « Passage Piéton » que j’ai co-fondé et dans laquelle j’ai travaillé pendant près de 13 ans. Avec cette agence, notre volonté était de casser les silos de la communication, en mettant en avant la créativité et l’innovation comme point culminant de notre offre.

Est né le projet de lancer de nouvelles activités au sein de l’agence pour diversifier notre approche, comme l’exploitation de bar et restaurant ou encore des savoir-faire de gestion et programmation de lieux de vie. Ces nouveaux métiers constituent aujourd’hui l’offre d’ENCHANTÉ : c’est-à-dire une approche unique qui correspond aux besoins des foncières commerciales et des collectivités, désireux de créer des lieux de sociabilisation attractifs, connectant les publics et recréant de la polarité en milieu urbain. Le lien social est au cœur de nos lieux, aussi bien à travers notre programmation que notre offre de restauration ou l’expérience globale que nous proposons.

Nous avons commencé cette nouvelle activité en exploitant des lieux de manière éphémère comme Le Jardin Suspendu ou encore la Grande Surface, afin de pouvoir nous confronter au monde de l’exploitation, à ses difficultés et complexités. Aujourd’hui, nous nous dirigeons vers des lieux fixes ou saisonniers afin de créer et proposer des solutions d’animations durables.

Nous travaillons actuellement sur différents projets dans plusieurs grandes villes de France, à l’intérieur de lieux magnifiques que nous transformons en food-halls festifs, des lieux de vie gourmands et bouillonnants de convivialité.

Enchanté est le porte-voix de cette nouvelle tendance car nous croyons qu’aujourd’hui, encore plus qu’hier, le public recherche des lieux hybrides où l’on vient se régaler, trinquer et s’amuser.

comment appréhendez-vous ces sujets de « l’identité » et du « besoin » des habitants ? 

Avant tout, et selon moi, les sujets d’identité et de besoins sont liés. L’identité est liée au local, et les besoins sont évidemment également liés au local.

Notre point de départ pour chacun de nos projets est toujours de travailler avec une équipe locale pour comprendre les enjeux du mieux possible. Nous ne concevons jamais tout seul la stratégie du lieu.

De notre côté, une fois que la programmation du lieu a été co-écrite, celle-ci est présentée plus massivement aux acteurs locaux, et une fois acceptée, l’entreprise s’installe physiquement sur place et lance des appels d’offres pour demander aux riverains de participer au projet d’animation. Une chose est sûre, si les riverains ne croient pas en notre histoire, notre lieu, notre concept ne fonctionnera pas, car c’est avant tout d’abord à eux que l’on s’adresse.

Aujourd’hui, nous ressentons fortement le besoin des pouvoirs publics, des mairies et des foncières commerciales, de préparer la sortie de crise en proposant des lieux qui permettront aux riverains de se rencontrer et d’interagir par exemple. Les lieux ENCHANTÉ constituent la réponse dans un grand nombre de villes de taille moyenne ou grande, où il y a une volonté de redynamisation mais où il n’y a pas encore d’acteurs comme notre entreprise qui ont préempté ce sujet

 

Finalement, comment ENCHANté s’y prend pour connecter les publics dans des lieux si particuliers ?

le but est qu’eux-mêmes invitent le reste du territoire à s’emparer du lieu et à l’investir, sur le principe du bouche-à-oreille positif 

Une fois que nous avons réussi à séduire le cœur des riverains par l’intérêt de notre offre, le but est qu’eux-mêmes invitent le reste du territoire à semparer du lieu et à linvestir, sur le principe du bouche-à-oreille positif. Ce fonctionnement est plutôt original, mais nous y voyons ici un réel moyen de connecter les publics, plutôt que de passer par linvitation de stars ou dinfluenceurs, ou avec de la communication impersonnelle et déconnectée de lidentité locale, comme cela se fait souvent. Il faut construire un message qui sera pérenne sur la durée auprès des différentes catégories de personnes que nous cherchons à attirer sur les lieux.

Parmi nos valeurs et ce que nous considérons comme utile à la connexion des publics, nous sommes très attachés au caractère transgénérationnel que doit offrir le lieu : on doit pouvoir y venir en couple, entre copains, avec ses enfants… à tout âge et peu importe l’heure. Les visiteurs doivent donc trouver dans le lieu un rythme qui leur paraît évident. Et pour pouvoir mettre cela en place, nous partons toujours de la vision du consommateur, du client, du visiteur… qui doivent toujours trouver un intérêt, en tant que riverains, à venir dans notre lieu.

Enfin, pour nous, la meilleure manière de connecter les publics, c’est d’adopter une approche emplie d’humilité. Chez ENCHANTÉ, on dit que l’on se met à 1m70 de hauteur, c’est la taille moyenne des Français. Cela veut dire qu’on les écoute, qu’on cherche à les comprendre avant tout, et non pas à leur imposer un événement ou une activité que l’on pourrait juger comme étant cool ou à la mode. Pour cela, nous allons voir les riverains et nous leur demandons tout simplement ce dont ils auraient envie comme animations dans le lieu. Les sujets ne seront peut-être pas tous bons à prendre, car nous devons suivre une certaine ligne directrice, ou encore juger si le moment est bien choisi, mais ils seront cohérents avec les besoins des locaux.

Du côté restauration, nous essayons de travailler un maximum avec des acteurs locaux qui partagent un ADN similaire au nôtre, c’est à dire humain et convivial. Avec une sélection de produits de qualité (bio autant que faire se peut), une charte écoenvironnementale exigeante (pas de plastique à usage unique, emballages recyclables, circuits courts) et surtout un grand sourire sur chacun de nos acteurs food.

Chez ENCHANTÉ, quand on dit que l’on se met à 1m70 de hauteur, c’est la taille moyenne des Français. Cela veut dire qu’on les écoute, qu’on cherche à les comprendre avant tout !

Si notre programmation ne plaît pas, c’est que nous n’avons pas su écouter correctement.            

Avez-vous déjà travaillé avec des sites événements de type congrès et expositions, qui proposent des événements plus classiques que ceux que vous créez au quotidien ? 

Notre tout premier lieu, Le Jardin Suspendu, a été travaillé avec VIPARIS car il leur était reproché d’avoir un parc exposition en plein cœur de Paris, mais fermé sur lui-même. Le Jardin Suspendu était donc pour eux l’occasion de dire « regardez, on peut faire un truc super cool, sur un toit de parking, devant un parc expositions », en montrant qu’eux-aussi pouvaient se démarquer en proposant au public ce genre d’activité événementielle par ce lieu que nous avons ouvert.

Grâce à ce lieu éphémère, ils ont souhaité positionner le parc des expositions de Porte de Versailles comme un lieu alternatif, avec une volonté d’assoir une image de lieu ouvert de plus en plus au public, et surtout à un public différent que celui des congrès ou des salons. Le chemin sera certainement long car il s’agit d’une toute nouvelle dynamique, et ce n’est pas dans leur ADN de base, mais c’est nécessaire pour être un vrai lieu de vie. C’est à mon avis une piste à approfondir pour l’ensemble des équipements classiques de congrès et expositions en France.