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Que faire de ces déchets qui n’en sont pas vraiment ?

Le secteur événementiel est aujourd’hui dans un virage et on lui demande de se repenser en grande partie, si ce n’est entièrement concernant son impact écologique. C’est un grand secteur producteur de gaspillage. En effet, selon l’Ademe, une manifestation de 5000 personnes consommerait environ 1000 kw/h d’énergie, 500 kg de papier et générerait 2,5t de détritus (source: zerowastefrance.org). Après un salon dans une salle d’exposition, les déchets ne sont pas triés et sont jetés à la benne dans un souci de rentabilité : on n’a plus le temps.

Or, depuis plusieurs années déjà, les marques se sentent concernées par l’urgence environnementale. Des marques de luxe comme Hermès et leur atelier « Petit H » se questionnent sur le réemploi des matériaux et posent un regard neuf sur la matière en créant des objets de luxe. Le culte de l’opulence et de la surconsommation semble derrière nous. La société d’aujourd’hui se concentre sur la qualité plutôt que la quantité, bref, nous entrons dans l’ère de la déconsommation et de l’économie circulaire. Les marques souhaitent renvoyer une image responsable à leurs consommateurs, y compris via leurs stands. 

Nous sommes au cœur de ces enjeux : les attentes concernant notre métier changent, tant de la part des marques que des consommateurs. Alors comment changer l’Événement en profondeur pour privilégier une économie plus circulaire ? Et par quelles actions concrètes pourrions-nous rendre plus efficace la gestion des déchets générés par les salons ?

Le concept de ‘Post-Salon’

Pour valoriser les déchets, certains organismes agissent déjà à leur échelle.  L’Atelier d’architecture AINO à Marseille favorise la réhabilitation plutôt que la démolition de vieux immeubles, génératrice de déchets, voire la création de nouveaux matériaux de construction transformés à partir de ces rebuts.De son côté, l’agence ROTOR à Bruxelles crée des projets de design d’intérieur et des expositions conçus autour d’éléments de récupération. Ils souhaitent promouvoir une nouvelle conception, à partir de l’existant. Ainsi, en cherchant à appliquer cet esprit de revalorisation à notre domaine, le concept du Post-Salon s’est précisée.

L’idée est assez simple :

1ère étape : Définition d’un 2ème événement, après l’événement principal, moins conventionnel, où des artistes sont invités à produire des œuvres à partir des restes du Salon démonté (matériaux, impressions, mobilier éphémère, etc). Une deadline et un prix des œuvres les plus engagées peuvent être mis en place, à la manière de la Galerie Rossana Orlandi de Milan, qui récompense les designers concevant des objets à partir de plastique recyclé.

Ce principe permet de challenger et d’inciter à participer : donner aux gens l’envie de se dépasser dans le domaine de l’écologie et du réemploi pour démocratiser/développer cette réflexion. Les œuvres ainsi produites sont ensuite exposées et pourquoi pas vendues aux enchères pour donner une plus grande portée/visibilité à l’événement.

2ème étape : Après le concours, le Post-Salon est ouvert au grand public, libre d’y récupérer ce qu’il souhaite : le but est de débarrasser, de réemployer le plus possible et de trouver une seconde vie à des éléments de décors qui auraient été jetés (plantes, modules, mobilier, pancartes, etc). En plus de minimiser le gaspillage, cela permettrait de créer une relation différente, plus affective entre les marques et le visiteur qui garde en souvenir ces éléments. Le Post-Salon devient ainsi un rendez-vous habituel, une institution, qui favorise la récup’, le troc et l’alter-mondialisme.

Le Post-Salon, plus qu’un simple événement, est une refonte de la manière de penser :

Le Stand : conçu à la fois pour le Salon et dans l’optique de son réemploi, il faudra le réinventer. Un exemple à suivre : les agences possédant la certification ISO 20121: un système de management favorisant la maîtrise de l’ impact social, économique et environnemental dans notre domaine. Le Salon, en plusieurs temps : l’Avant (conception, communication), le Pendant (le Salon en lui-même) et l’Après (place à l’art et au réemploi). L’organisation du salon : Certains organisateurs sont déjà précurseurs dans la conscience écologique comme le Salon Nautic à Paris dont l’éco-charte permet à des entreprises respecteuses de l’environnement d’avoir de la visibilité. Il n’est plus envisageable d’entretenir un tel rythme de création et de destruction qui engendre cette production de déchets. Les organisateurs doivent généraliser cette initiative écologique tout en prenant conscience du besoin d’adopter un rythme plus humain, de prendre le temps, pour repenser le monde de l’Événement.

Interview et reportage réalisés par Margaux Biscarrat