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L’équipe de l’Innovatoire a rencontré Stéphane Distinguin de Fabernovel, entrepreneur français, expert de l’économie numérique et du financement de l’innovation qui nous partage sa vision de la filière évènementielle de demain.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours jusqu’à Fabernovel ?  

Tout a commencé lorsque j’ai découvert internet et ses multiples possibilités créatrices, lorsque j’étais étudiant. J’ai toujours eu le désir de devenir designer et architecte, mais pas forcément d’objet ou de maquette en 3D mais plutôt  d’entreprise, ce qu’on appelle tout simplement un entrepreneur. Aider au développement et à la transformation des entreprises est donc le fil directeur de mon parcours. Ma carrière s’est beaucoup concentrée sur la conception de nouveaux produits et de nouveaux services pour créer des expériences à la fois physiques ou digitales. J’ai également  accompagné les entreprises traditionnelles à s’adapter au monde nouveau ; et de les accompagner dans leur transformation. C’est réjouissant de voir émerger de nouvelles start-up mais c’est aussi important que les entreprises traditionnelles soient plus agiles pour se transformer et s’adapter aux nouveaux enjeux.

Porter un intérêt assumé à la jeunesse

par Stéphane Distinguin de Fabernovel

comment accompagner ces entreprises vers une telle transformation ? Que diriez-vous à celle qui ne savent pas où aller ni comment ?

Tout d’abord, le premier des regards à avoir, c’est de s’intéresser et d’être curieux. Il faut aussi porter un intérêt assumé à la jeunesse, qu’elle soit une nouvelle génération de collaborateurs ou bien d’entreprises. Il faut faire confiance et être à l’écoute  des jeunes générations, surtout dans leurs pratiques, parce que ce sont de superbes sources d’inspiration. Comprendre aussi, en troisième point, que les temps et délais de l’innovation ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Il faut trouver, maintenant, le bon rythme, celui qui convient à son entreprise puis agir rapidement. Typiquement, j’ai vu plus de belles réussites sur des plans de transformation à 6 mois que des plans à un an, parce qu’on ne s’écrase pas dans l’habitude, le rythme et la cadence.

en tant qu’ex-Président de Cap Digital, pôle de compétitivité et de transformation numérique aussi organisateur du Festival Futur.e.s, quel retour d’expérience faites-vous de cet événement protéiforme ?

Il y a six ans, pour la première édition de « Futur En Seine » devenu Futur.e.s, nous avons voulu nous éviter les noms de « salons » ou « conférences » au profit du mot « festival ». Dans festival, il y a « fête », cette notion de vie, d’expérience. Selon moi, ce qui est important, c’est que nous voulions en faire un évènement populaire, gratuit et accessible pour tous et partout. Je vais faire le parallèle peut-être étonnant avec les boîtes à livres en ville. Tout le monde en dépose, c’est gratuit et génial puisque cela pousse les gens à lire. Je lisais un article sur un homme qui s’était lancé le défi de lire plusieurs centaines de livres en une année. Il considérait qu’il ne lisait pas assez. Le conseil qu’il donnait pour pouvoir lire beaucoup de livres, c’était de s’entourer de livres. Il avait en permanence un livre dans sa poche, sur son bureau, dans la boîte à gant de sa voiture. L’objet livre était en permanence à proximité de lui. C’est ainsi qu’avec Futur.e.s, nous avons essayé d’être « accessible partout » pour susciter des vocations, informer, éduquer en permanence.

qu’auriez-vous à dire aux organisateurs d’évènement qui lisent cet article ?

Tout d’abord, j’aurais à leur proposer de travailler davantage avec des designers et d’intégrer, plus largement, le design comme véritable sujet dans l’évènement. Je trouve très compliqué le concept d’industrialiser une expérience, il faut plutôt être dans une logique de sur-mesure. Peut-être pourraient-ils réfléchir à gagner en efficacité puisqu’on a finalement peu de temps à investir, en tant que participant, dans un évènement qui n’a souvent lieu qu’une fois par an. L’expérience doit donc rendre très efficace ce court moment passé. Je me pose aussi la question des lieux et espaces. J’ai l’impression que les personnes ont envie de découvrir des espaces qui ne sont pas trop industriels, pas classiques comme les parcs expositions qui n’ont aucune aspérité sensible. Ils sont sur d’autres registres que sont l’efficacité, la logistique,… et qui se justifient pour les grands événements, mais moins sur le registre de l’émotion ou de l’évasion. Il y a des expériences de salons qui fonctionneraient davantage dans d’autres lieux que ceux qu’ils utilisent actuellement, pour d’autres types d’expériences immersives. 

Enfin, en tant que designer, on pourrait se demander comment on pourrait rendre certifiantes certaines visites en salon ou certaines expériences évènementielles. C’est un des vrais sujets du moment et de demain. Les entreprises pourraient avoir l’habilité de décerner des formations, de valider des acquis en leur sein. Il y a quelque chose à faire avec ça aujourd’hui, pour rendre l’expérience plus intéressante et apprenante. Le but serait de faire sentir qu’on peut se rendre dans un salon pour apprendre, se former ou travailler. Il faudrait alors servir davantage un discours professionnalisant et certifiant que divertissant. Il y a un véritable enjeu aujourd’hui de faire sentir que le salon, c’est un espace de travail important pour sa carrière et pas du récréatif…