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Michael Couzigou nous présente l'Atelier des Lumières ...

La réputation de L’Atelier des Lumières, centre d’art numérique immersif situé dans le 11ème arrondissement de Paris, n’est plus à faire. Loin des expositions traditionnelles, les visiteurs sont plongés, grâce au mapping vidéo, dans les univers oniriques d’artistes incontournables, leur offrant ainsi une véritable expérience visuelle, sensorielle et physique. Michael Couzigou, Directeur du lieu, répond avec naturel aux questions de L’Innovatoire et crée le parallèle avec l’univers du Salon.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

En 2001, j’ai commencé en tant que Directeur adjoint du Clos Lucé – Parc Leonardo da Vinci à Amboise. J’ai ensuite intégré Culturespaces où j’ai travaillé comme Directeur du Château des Baux de Provence et du Théâtre Antique d’Orange puis comme Directeur des Arènes de Nîmes. En parallèle, j’avais comme passions personnelles tout ce qui touche au digital et aux nouvelles technologies. C’est cet enthousiasme qui m’a mené jusqu’à la direction de l’Atelier des Lumières, centre d’art numérique de Paris, où je m’épanouis aujourd’hui. Je déniche les studios de création et les artistes avec lesquels nous travaillons qui sont déjà, pour la plupart, dans l’univers événementiel et répondent à des commandes de marques. Notre objectif est, cette fois, de leur offrir un véritable territoire de création entièrement équipé et ainsi leur permettre d’exprimer leur art en les libérant de toute contrainte, au bénéfice de l’expérience du public.

LAtelier des Lumières est un  « centre d’art numérique », que se cache-t-il derrière cette appellation ?

L’Atelier des Lumières valorise l’art numérique immersif, en utilisant une technologie AMIEX (Art and Music Immersive Expérience) développée par Culturepaces. L’objectif est de créer des univers complets autour de grands courants artistiques et noms de l’histoire de l’art pour offrir une expérience unique aux visiteurs, qui ont ainsi l’impression de déambuler entre les œuvres. Depuis une dizaine d’années, nous vivons une réelle rupture dans la création artistique en développant le numérique et la réalité virtuelle. C’est une nouvelle manière de créer qui pour moi ne doit pas s’opposer aux arts traditionnels mais simplement apporter une expérience différente au public. Seulement 20% des français fréquentent les expositions et les musées ; l’art immersif participe aussi à la démocratisation de la culture et permet de dépasser les barrières psychologiques encore présentes pour certains face aux grandes institutions culturelles. Nous interprétons les créations des artistes et créons autour d’eux un univers onirique… bien loin de l’exposition traditionnelle !

Vous parlez d’une démocratisation de l’art, quel est le public de L’Atelier des Lumières ?

L’Atelier des Lumières touche tous les publics. Nous accueillons le plus souvent des retraités et touristes en semaine et des familles et jeunes adultes le week-end. Les séniors fréquentent aussi beaucoup nos expositions, même s’ils ne sont pas de la génération du digital, car ils sont curieux de découvrir ces univers immersifs. Nous ne sommes pas dans une démarche muséale, mais essayons simplement de véhiculer une expérience émotionnelle à nos visiteurs et cela fonctionne auprès des petits comme des grands, car c’est une aspiration forte des publics aujourd’hui.  

Comment trouvez-vous l’inspiration pour renouveler vos expositions ?

Les motion designers[1] sont des professionnels très connectés, s’affranchissant des frontières et qui travaillent dans le monde entier. On compte encore peu d’institutions pour les accueillir, mais il existe une véritable communauté internationale des arts numériques et je participe à beaucoup de rencontres. Tous les ans, je vais par exemple à Ars Electronica, en Autriche, qui est l’un des plus grands rassemblements des arts électroniques et fête cette année son 40ème anniversaire. En France, l’art plastique occupe encore une très grande place dans l’univers culturel et ces rendez-vous sont malheureusement peu nombreux comparé à d’autres pays émergeants comme la Turquie, le Brésil ou certains pays d’Asie.

L’objectif de l’Atelier des Lumières n’est pas de fédérer cette communauté, mais simplement de promouvoir cet art auprès du grand public et faire reconnaître les motion designers en tant qu’artistes à part entière.

Quel regard portez-vous les salons et leur manière d’intégrer le digital dans lexpérience visiteur ?

J’ai participé à de nombreux salons du tourisme, où les exposants utilisent désormais le digital pour transporter les visiteurs dans l’univers de leur marque. Jouer sur l’émotion et l’immersion est selon moi une bonne idée, à condition qu’il y ait du sens derrière la démarche. D’une façon plus générale, je pense que les salons devraient accentuer la scénarisation de leur contenu, en passant par l’émotion, pour gagner en captation du visiteur.  Concernant l’aménagement de l’espace, à l’instar de l’Atelier des Lumières, j’imagine des sphères de respiration où l’on peut simplement se détendre et se reposer. Il faut laisser de la place à la déambulation et créer des univers attrayants.

Jouer sur l’émotion et l’immersion est selon moi une bonne idée, à condition qu’il y ait du sens derrière la démarche

Prenons l’exemple de Maison & Objet, un salon que j’affectionne beaucoup, les stands ressemblent presque à de petits salons, avec des meubles confortables qui donnent envie de s’y installer pour boire un café. Le visiteur est alors dans de bonnes conditions pour rencontrer et échanger avec l’exposant.

LAtelier des Lumières joue sur les sens de l’ouïe et de la vue, intégrera-t-il d’autres sens un jour ?

Nous ne cherchons pas à créer d’interactivité avec le visiteur, mais à lui offrir un moment de lâcher prise

Nous pourrions imaginer passer par l’odorat ou par des casques de réalité virtuelle, mais nous ne voulons pas tomber dans la gadgétisation de l’expérience au risque de rompre l’émotion. Nous ne cherchons pas à créer d’interactivité avec le visiteur, mais à lui offrir un moment de lâcher prise en préservant le côté onirique et contemplatif de l’expérience.  L’Atelier des Lumières est, et doit rester, une bulle de respiration avant tout. Cette recherche peut aussi s’appliquer à tout type d’événement, grand public comme professionnel.

[1] Le motion designer crée des productions graphiques intégrant à la fois de la vidéo, de l’animation 2D et 3D, des effets spéciaux, du son, du texte… C’est à la fois un créatif un technicien qui maîtrise de nombreux logiciels