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L’article en trois points : 

– La crise de la Covid-19 doit permettre de retrouver le coeur même de l’événement : un événement frugal et chargé de sens.

– Le digital peut permettre d’accéder à des événements d’envergure mondiale, sans limite, et de manière totalement immersive pour le participant à distance. 

– L’interaction et la narration sont à mettre au coeur de la promesse de valeur des événements digitaux. 

Christophe Cousin

Fondateur et président de l'agence WIN-WIn et administrateur de l'EVENEMENT

L’équipe de l’Innovatoire a rencontré Christophe Cousin, président et fondateur de l’agence WIN-WIN, et administrateur de L’EVENEMENT en charge de la RSE. Il nous questionne ici sur le tournant digital que doit prendre la filière depuis le début de la crise sanitaire. 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours jusqu’à la création de l’agence win-win en 2007 ? Ainsi que de l’agence elle-même ?

J’ai 57 ans et je suis issu d’une formation artistique. J’ai d’abord travaillé dans le marketing service puis la publicité en président l’agence « Winch » puis en co-président avec Franck Tapiro l’agence « Hémisphère droit, hémisphère gauche », avant de reprendre les activités mode homme de Thierry Mugler jusqu’en 2007. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de créer l’agence WIN-WIN, une agence 360 qui s’est très vite beaucoup orientée sur l’événementiel.

Il faut savoir qu’une des particularités de l’agence est que nous sommes « incentivés » aux résultats, c’est-à-dire que nous proposons à nos clients une variation des honoraires à la hausse ou à la baisse en fonction des résultats obtenus. Nous fixons donc des objectifs chiffrés et mesurables pour chacune des actions que nous menons. Le nom de l’agence prend ici tout son sens.

En 2008, nous avons décidé de racheter un studio de création digitale pour investir dans le digital expérientiel, et renforcer notre expérience client à travers de nouvelles technologies, mais également de faciliter la gestion et l’organisation de chacun de nos événements.

Aujourd’hui, après plusieurs années d’évolution, 40% de notre activité se situe dans le conseil, la stratégie de marque, le corporate et le digital. Et les 60% restants concernent l’éphémère, l’instantanée, des événements uniques. Nous connaissions depuis quelques années une très forte croissance, même si nous sentions une forme d’érosion du modèle événementiel pré-crise jusqu’à fin 2019 avec un tassement des marges et une concurrence exacerbée.

Notre ambition aujourd’hui est de nous positionner très fortement sur les formats d’événements 100% digitaux, en France comme à l’international car ce marché va aussi se structurer au niveau européen.

Quelle est votre perception de la crise de la Covid 19 et ses effets sur la filière ainsi que votre propre activité ? 

La crise a commencé pour nous avec l’appel à l’aide de la société savante européenne de médecine intensive, que nous accompagnons depuis déjà 11 ans dans son développement, et qui fédère près de 9000 professionnels de la réanimation. Ils nous ont donc contactés début mars 2020, pour que nous puissions lancer au plus vite des formations au plus grand nombre de soignants de réanimation dans le monde afin de les préparer au mieux à la pandémie mondiale qui arrivait à grand pas. Le 28 mars a donc eu lieu le « Congrès marathon Covid 19 », crée en 10 jours, avec une audience totale de 135 000 participants et plus de 55 000 personnes connectées sur la plateforme. Depuis, cette animation de la communauté sous cette forme digitale s’est pérennisée dans le temps sur un rythme d’un congrès de formation par semaine.

Cela fait un moment que l’on parle de transformation digitale, et cette crise nous montre que pour le milieu de l’événementiel, c’est le moment de réellement se lancer. De notre côté, cette stratégie digitale affirmée s’est concrétisée à travers le lancement d’une nouvelle marque, qui est déposée et qui s’appelle E-LIVE by WIN-WIN.COM.

 Je pense que nous entrons dans un monde où il n’y a plus de limite, car nous pouvons désormais répondre à toutes les problématiques grâce aux possibilités digitales : sanitaire, économique, et environnementale. L’événement comme nous le connaissons est remis en question avec la crise. Pas sur son intensité émotionnelle ni sur le partage qu’il génère, mais parce que nous savons tous au fond de nous que nous ne pourrons pas retrouver des soirées à 1 million d’euros, avec 500 participants, où des moyens considérables sont mobilisés sans autre lendemain. Et je remercie la crise, dans un sens pour cela, car il n’était plus possible de légitimer ce genre d’événements. La filière était dans la surenchère permanente, et la Covid 19 nous permet de retrouver aujourd’hui le cœur même de l’événement : un événement frugal et chargé de sens.

Nous sommes aujourd’hui passé d’un statut d’artisans saltimbanques, qui commençait à toucher son plafond de verre, à un statut d’industriel de l’émotion digitale sans vraiment de limitE. 

Les termes « créativités » et « événement virtuels », peuvent-ils aller de pairs selon vous ?  

 

Comme je le disais précédemment, selon moi, cette crise est un accélérateur et un révélateur des concepts événementiels qui ne correspondaient plus aux attentes des consommateurs, avec des stratégies parfois bancales. L’effondrement est brutal mais il serait arrivé sous une autre forme, tôt ou tard pour ces raisons.

Ces deux termes sont donc tout à fait compatibles à mes yeux. Dans la masse des expériences virtuelles que nous avons pu observer avant la crise et même pendant, nous étions vraiment uniquement sur des fonctionnements logistiques : format webinaire ennuyeux, sans interaction, un taux de rebond très important … Regarder une vidéo sur Youtube, sur le même sujet, est parfois plus agréable. Nous avons fait le choix de ne pas faire ça, et de délivrer à nos clients des expériences inoubliables avec un réel travail sur le fond et sur la forme

 Le sujet de l’interaction à générer est donc important. Il faut fournir au participant une interaction régulière, qui le maintienne dans l’ambiance de l’événement digital et où il n’est pas déconcentré par la possible notification qui arrive sur son téléphone ou ordinateur. La créativité se ressent à travers cette mise en haleine, cette émotion que l’on transmet aux participants et qui permet de créer un lien entre les humains malgré le format virtuel. La créativité s’exprime donc à travers tout cela et ce n’est pas qu’une histoire de moyens.

Et pour cela, nous mettons en avant l’interaction et l’émotion, qui sont selon moi la science majeure de la créativité. Cela passe par la narration à créer et une scénographie et des interactions qui font la différence 

Prenons l’exemple de la plateforme 20H-united.com développée pour la dernière édition des 24H00 du Mans. Il s’agissait d’un événement en huis clos, pour éviter tout problème lié à la crise sanitaire, notamment avec les jauges de participants qui ont énormément changé ces derniers temps. Mais il s’agissait surtout d’un événement très important à travers lequel l’organisateur souhaitait continuer à avoir un rayonnement et une audience planétaire.

 Nous avons proposé une plateforme immersive afin d’apporter du contenu exclusif, auquel personne n’avait jamais eu accès auparavant. En effet, notre principale contrainte concernait le fait que toutes les images diffusées à la télé ne pouvaient pas être réutilisables sur le web. S’est alors posée la question de ce que nous allions bien pouvoir diffuser ? Après une étude approfondie nous nous sommes rendu compte qu’il nous restait énormément de contenus à partager … Et c’est ce que nous avons fait à travers 11 flux live exclusifs : l’arrière des boxs, la pit lane, les zones conviviales, la direction de course, la salle de presse …

Le digital nous a ici permis d’accéder à un événement d’une envergure mondiale, sans limite, et de manière totalement immersive pour le spectateur à distance. Nous réfléchissons même à un modèle freemium pour l’année prochaine.

Là où d’un point de vue présentiel on touchait les limites, le distanciel est no limit, c’est exaltant 

Selon vous, par quoi peut passer la créativité pour créer un événement digital engageant et captivant ?  

Le premier marqueur de la créativité pour moi c’est l’émotion. Notre travail, c’est de faire passer un message par l’émotion, et nous pouvons tout à fait générer une émotion par la narration. Qui n’a jamais lâché une larme devant un film ? Le digital peut être froid et ennuyeux, mais c’est comme regarder un film où les acteurs, le scénario et le synopsis sont chiants et nuls : nous ne ressentons pas d’émotion. Mais lorsque l’on regarde un film sublime, avec des acteurs incroyables et une histoire dingue, nous rentrons tout de suite dedans. Le succès des séries s’explique d’ailleurs par cela, on peut très bien voir qu’il y a une narration, un jeu, une thématique qui font la différence.

 A nous professionnels de la communication et de l’événement de trouver cette narration, et de savoir raconter des histoires qui touchent au cœur, qui font comprendre et capter le message que l’organisateur souhaite faire passer. La créativité pour moi s’exprime là, dans notre capacité à créer un lien entre les humains même s’ils ne sont pas physiquement ensemble, au même endroit et à un instant T.

Interview réalisée par Anthony Fauré et  Marie Dehail