10 MINUTES DE LECTURE
Michelle Stien

Directrice Générale de Coop Cité

Le Festival Citoyen Place de Clichy 4.0  (se déroulant du 30 mai au 4 juin 2022 sur la place de Clichy) est un événement grand public français engagé et innovant, produit en auto-organisation par les habitants des 8, 9, 17 et 18e arrondissement de Paris. Impulsé par Coop-Cité (lien vers coop cité), une coopérative qui développe des projets territorialisés impliquant les citoyens, les institutions, les entreprises et les associations, et conçu comme un Social Lab Event, le festival a pour objectif de recréer du lien autour de cette place symbolique pour la vie parisienne.

La place de Clichy est, en effet, constituée de quatre arrondissements, où les modes de vie sont différents.  Toute l’équipe de Coop Cité et les citoyens ont donc souhaité proposer des parcours d’expériences, des agoras citoyennes et une programmation culturelle et artistique éclectique afin de recréer un réel lien autour de ce lieu symbolique et arpenté par tous les Parisiens chaque année.

L’innovation repose également sur la mise en œuvre de nouveau format d’événement. C’est le cas de celui-ci ; un événement festif qui interroge la société, en expérimentant différents modèles de gouvernance qui incitent les citoyens à agir pour leur territoire dans une logique d’empowerment*. Il vise à mettre en valeur les initiatives locales, révéler les talents du territoire, faire découvrir des innovations et agir pour faire évoluer le quartier, sur la base des 17 ODD (Objectifs de Développement Durable du Programme de l’ONU), en proposant des solutions durables applicables pour le quotidien des habitantes et habitants.

Durant les six premiers jours de l’événement, des parcours de sensibilisation et d’expériences sont proposés aux participants chez les partenaires du festival, qui sont également des acteurs de la transition, afin de développer les dimensions d’inclusion, de solidarité, de coopération, de bien-être, d’économie durable, d’environnement, dans le quartier. Ils se formulent à travers des conférences, expositions, rencontres, animations et performances artistiques.

Le 7e jour, le dimanche, un village citoyen met en lumière des acteurs du changement avec des agoras citoyennes et un fil rouge artistique pour que les citoyennes et citoyens se retrouvent, partagent leurs expériences et vivent un moment convivial et festif.

L’objectif est de créer un festival destiné à toutes les personnes qui habitent, vivent, travaillent, étudient, se cultivent, se rencontrent, agissent dans ce territoire… des plus jeunes aux plus séniors. La vocation première de cet événement est de réunir les citoyennes et citoyens des quatre arrondissements pour repenser la Place de Clichy comme un bien commun et transformer le carrefour actuel en une place qui incite au bien vivre-ensemble. Il contribuera à favoriser l’engagement citoyen sur le long terme, pour un quartier durable.

Cet événement vise également, par sa programmation artistique et culturelle, à démontrer l’importance de construire un 18e ODD, celui de l’accès aux arts et à la culture pour tous, objectif qui ne semble pas suffisamment pris en compte dans la vision durable du monde de demain par le programme de l’ONU.

Les citoyens s’expriment !

Léo Henriot

Danaë Georgiou

Comment avez-vous connu l’organisation Coop Cité et surtout qu’est-ce qui vous a motivé pour en faire partie ?

Danaë Georgiou : J’ai connu Coop-Cité par le biais de ma mère, qui en est la directrice. À cet effet, j’étais un peu à la genèse du projet du festival, mais celui-ci a réellement commencé à voir le jour un tout petit peu avant le début de la crise de la Covid-19.

À ce moment-là, je sortais tout juste de ma dernière année de Master à L’école, The Event Thinking School. À travers mes études et les deux stages que j’ai pu réaliser durant ces années, je me suis rendu compte que le genre d’événement auquel j’aspire et qui est le plus proche de mes valeurs sont des événements qui se tourne plutôt vers une dimension écologique, sociale et solidaire.

J’ai réellement envie de créer des événements qui ont une vraie valeur sociale et pour lequel je sens que j’apporte quelque chose, de la valeur. Le projet de ma mère tombait donc totalement à pic et je suis aujourd’hui assistante cheffe de projet au sein de Coop-Cité.

Dans l’organisation de ce festival, ce qu’il faut comprendre, c’est que tout le monde participe, au même niveau. Il n’y a pas ce côté un peu hiérarchique qu’il peut y avoir parfois en agence. Nous apportons donc tous, comme nous pouvons, notre expérience et nous pouvons ainsi nous positionner au mieux afin de monter le festival TOUS ensemble.

Mes motivations, pour participer à ce projet sont donc multiples, mais je peux dire que c’est aussi parce qu’il s’agit d’un événement qui interroge la société, qui rend désirable le développement durable et qui le met en pratique, qui mets en valeur les activités locales et qui créé des lieux et des moments de rencontre afin de réanimer un quartier et de créer du lien en rassemblant tous ses habitants.

«Ce dernier point représente selon moi la base de l’événementiel qui est de rassembler des gens et de créer des liens, et cela, à n’importe quel niveau et dans n’importe quel type d’événements »

On peut dire aussi que j’adore l’idée de l’auto-organisation ! C’est quand même un projet un peu fou, mais si on y arrive, ce sera une super belle aventure.

Léo Henriot : Je suis actuellement en service civique à Coop Cité sur l’organisation du Festival Citoyen Place Clichy 4.0. En parallèle, je suis en Master d’administration économique et social à Paris I, à la Sorbonne et j’ai connu Coop Cité par le biais du Festival.

J’habite dans le quartier, dans une résidence étudiante, et j’ai découvert le projet du festival dans un mail du conseil de quartier où l’on nous proposait de nous inscrire pour participer à son organisation. Etudiant à Paris depuis 2/3 ans, j’ai tout de suite trouvé le projet super, car, pour la première fois, il y avait quelque chose de nouveau ici ! Globalement, c’est un quartier assez pauvre en animation, où il n’y a pas beaucoup d’associations et d’événements sur le territoire. De plus, en tant qu’habitant local, je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer mes voisins ou même les commerçants du coin !

Je me suis donc inscrit à plusieurs réunions d’informations et j’ai intégré le projet en tant que citoyen bénévole. Je me suis réellement pris de passion pour Coop Cité et le projet. À tel point que j’ai ensuite intégré le conseil d’administration pour approfondir mon engagement.

Ce projet est totalement nouveau et je n’avais jamais vu ça ailleurs ! Il ne s’agissait pas juste d’être bénévole, mais plus d’être un acteur concret pour l’organisation du projet. C’est ce côté « ok, venez, on coconstruit le festival ensemble », un peu « démocratie participative » qui m’a séduit.

En quoi consiste votre participation au projet Festival Place de Clichy 4.0 ?

Léo Henriot : Je suis donc arrivé chez Coop-Cité pendant la phase de conception, où je m’occupais, à l’époque, de la production des parcours. Tout a tellement évolué depuis qu’il est assez difficile de dire ce que je fais au sein de l’organisation. Nous sommes une petite équipe, alors nous sommes tous des couteaux suisses de l’auto-organisation. Il faut à la fois rencontrer les partenaires de chacun des territoires, rencontrer les acteurs institutionnels, faciliter les liens avec tous les acteurs de l’organisation, gérer l’administratif, les dossiers de sécurité, s’occuper de la communication… Mais aussi faire en sorte que toutes les informations circulent entre nous et soutenir les citoyens lorsqu’ils n’arrivent pas à avancer sur une partie du projet, même si nous n’avons pas trop eu à le faire jusqu’à maintenant. C’est très complet, mais tellement passionnant !

Danaë Georgiou : Il faut savoir que j’habite à Berlin et que je suis donc pour la très grande majorité du temps à distance. Mais avec la crise de la covid, nous avons quand même vécu deux ans avec de la visio et je me suis de ce fait habitué à travailler de cette manière.

En revanche, il faut impérativement des gens sur place et c’est là où la distance peu bloquer un peu et que le présentiel l’emporte. L’avantage, c’est qu’il s’agit d’un festival autoorganisé, donc on travaille tous ensemble, mais je ne pourrai pas du tout être une cheffe de projet à temps plein dû à la distance.

Comme je l’ai dit précédemment, j’étais donc là à la genèse du projet. Dans un premier temps, nous avons présenté le brief à l’ICD et l’ISCOM en leur proposant de répondre à notre demande initiale car, nous avions envie d’avoir des idées en externe et d’essayer de voir ce qui pouvait se faire avec ces écoles.

Lorsque l’on a commencé à voir que ce projet pouvait aller quelque part, nous avons tout de suite créé notre dossier de presse et je m’en suis occupé pleinement. Nous avons rapidement mis en place notre rétroplanning et je suis ensuite passé à la programmation et l’organisation en général.

Cela en réfléchissant au continu de l’événement, aux moyens d’inviter les citoyens à intégrer le projet, à la création d’une newsletter dédiée, l’organisation entre les différents groupes de citoyens, la communication au global ainsi que la création graphique avec la référente du groupe communication… En clair, je mets un peu la main à la patte sur beaucoup de sujet !

Je suis en mi-temps, car je travaille également à Berlin, il faut ainsi être très flexible et savoir s’adapter. Chose que l’on apprend finalement très vite dans l’événement ! Mais selon moi, cela se gère très bien et notamment quand nous sommes passionnés par le projet et par les gens avec qui on travaille.

Comment s’est organisée la phase de conception du festival, et commence s’organise, depuis janvier 2022, la phase plus opérationnelle ? 

Léo Henriot : Je pense que l’on peut bâtir toute la construction du festival en trois phases.

La première était la phase de conception du projet. Il s’agissait alors de la conception des parcours sur le sujet des 17 Objectifs de Développement Durable et où nous nous sommes donc demandé, comment le festival allait nous permettre, d’une certaine manière, de passer du quartier vécu au quartier rêvé ?

C’était hyper intéressant car il y a eu un réel foisonnement créatif qui nous as permis de créer un événement différent et de sortir des codes, que je dirais classique de l’événementiel, tel qu’ils existent aujourd’hui et que l’on apprend en école.

La deuxième phase était un peu une phase de vide car nous devions à la base travailler avant une agence de communication mais notre erreur a été que nous n’avons pas forcément réussi à créer un lien direct entre l’agence et les citoyens. Et nous avons donc perdu, à ce moment-là, ce qui faisais la vivacité de ce projet.

Avoir voulu externaliser la production du festival est d’ailleurs certainement une de nos principales erreurs que l’on ne refera pas l’année prochaine. Car, finalement, lorsque l’on parle d’un festival auto organisé, il faut que le fil avec les citoyens se fasse et se maintienne de A à Z. Tout doit être construit avec eux en continu même si les citoyens ne restent pas toujours tous, bien évidemment. A nous de trouver le moyen de garder l’attention, la motivation et l’investissement des citoyens sur le long terme et de toujours trouver des moyens pour que le projet continu de les animer.

Nous sommes donc aujourd’hui, et depuis le début du mois de janvier, dans la troisième phrase, qui est la phase opérationnelle. Ce qui est très intéressant dans l’opérationnel c’est qu’il y a une sorte d’articulation constante qui se fait entre chacun des groupes, ils échangent tous entre eux et se coordonne très bien. Ils sont tous quasiment autonome et je pense que c’est vraiment le moment ou l’auto-organisation est la plus présente.

Danae Hadjigeorgiou : Cette phase à réellement commencé avec la création des différents groupes opérationnels citoyen qui sont répartis en 5 groupes (composés de 4 à 5 citoyens) : financier, artistique, bénévolat, communication et partenaires. Pour chacun de ces groupes il y a un citoyen référent qui lie le groupe, qui l’informe, qui les invite à discuter sur plusieurs sujets … c’est un moyen de maintenir l’engagement de chacun des citoyens. Cela en fonction des disponibilités de chacun.

Tout cela fait notre force !

Plus en détail, nous avons une réunion avec le comité de pilotage tous les mercredis et une réunion avec tous les référents toutes les deux semaines, le jeudi. Chaque groupe avance avec ses opérations, ses idées et ses engagements.

Un de nos projets les plus récent est celui de l’appel à candidature que nous avons lancé pour recruter des artistes pour le dernier jour du festival, qui sera le dimanche 5 juin. Pour ce projet, Caroline, la citoyenne en charge de la communication, et moi avons créé la fiche qui a ensuite été validée par les citoyens. Nous avons reçu une vingtaine de réponses et suite à cela, le comité de pilotage, les citoyens et référents du groupe artistique ont réalisé une sorte de petit casting pour choisir les artistes qui représenteront au mieux les valeurs du festival et des 17 ODD.

Ce qui diffère vraiment d’une agence c’est que nous sommes finalement nombreux sur le projet et pas seulement trois ou quatre. D’autant plus que toutes nos décisions sont prises en fonction des citoyens et il faut donc arriver à regrouper un nombre incalculable d’avis différents. C’est un exercice social finalement : comment est-ce que j’accueille et comment est-ce que je peux réussir à prendre en compte l’avis de chacun tout en arrivant à donner le mien ? Mais cela représente finalement le plaisir de travailler en groupe, ensemble, d’échanger autour de nos différents parcours. On sort totalement du cadre !

Et pour la suite ?

La version de l’événement 2022 représente une démonstration du concept en vue de déployer le Festival Citoyen Place Clichy 4.1 en 2023. Ce second événement proposera une piétonnisation totale de la Place de Clichy dans l’esprit des « zones apaisées » de la Mairie de Paris, dont l’objectif est de réorganiser la mobilité et donc d’apaiser le trafic en centre-ville.

Ce festival citoyen se veut innovant car il vise à se pérenniser, se répliquer et devenir une tribune pour les acteurs agissant pour la construction d’un monde plus durable. Ainsi l’ensemble de la démarche sera capitalisé et modélisé par Coop-Cité, avec la fondation de l’Economie symbiotique, et le laboratoire DRM (Dauphine Recherche en Management) de l’Université Paris Dauphine-PSL. D’autres projets sont également à venir pour la suite, mais tout cela reste encore secret !

*L’empowerment, ou autonomisation, ou encore empouvoirement, capacitation, encapacitation, empuissancement est l’octroi de davantage de pouvoir à des individus ou à des groupes pour agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques auxquelles ils sont confrontés.