4 MINUTES DE LECTURE – © Hubert de Castelbajac

Nous avons rencontré le célèbre créateur de mode, costumier, designer, auteur et collectionneur français Jean-Charles de Castelbajac. Il nous livre sa définition de l’art et dévoile ses sources d’inspiration. Entre histoire, rencontre, voyage et décloisonnement, découvrez comment l’artiste a imaginé ses plus belles créations, comment il travaille sa créativité au quotidien et ce qu’il a à dire aux professionnels de l’événementiel !  

L’article résumé en 3 points :

Pouvez-vous nous présenter votre parcours personnel et créatif ?  

Après 11 ans de collège militaire ma voie semblait tracée, mais je me suis toujours senti différent et ai finalement emprunté un chemin où je pouvais cultiver cette différence. En effet, la presque inexistence d’éléments ludiques qui m’entourait m’a poussé à travailler mon imagination et à transformer le réel en surréel. Je suis donc sorti de pension à mes 17 ans, puis j’ai intégré les Beaux-Arts de Limoges en auditeur libre. Ma mère, responsable d’une entreprise de textile et sûre de mon talent, m’a confié le dessin de sa nouvelle collection alors même que je n’avais encore jamais touché un crayon. J’ai pratiqué très tôt l’appropriation et le détournement, proposant des créations atypiques, telles qu’une robe coupée dans une serpillère (doublée de soie) ou une veste créée à partir de mon ancienne couverture de pensionnaire, qui furent mes deux premiers succès.  Je me suis imposé comme un créateur de vêtements ayant pour vocation à protéger le corps et non à le fragiliser. Mon anti-mode a rapidement séduit le public et, à 18 ans, j’ai pu me découvrir en couverture des magazines Elle ou Vogue par exemple.

J’ai ensuite intégré l’univers du design et travaillé avec de grands artistes comme Raymond Loewy[1] ou Roger Tallon[2]. Avide de trouver de nouvelles sources d’inspiration, je me suis rendu à Londres où mon chemin a croisé celui de Malcom McLaren, musicien et agent artistique complice du militantisme punk.

J’ai toujours été inspiré par cette force des divergences et ne fonctionne que par opposition, contraire, mise en abime et pulsion de danger.

Jean-Charles de Castelbajac

Ce n’est qu’à partir des années 70 que je décide d’intégrer une dimension pop dans mes créations, m’inspirant énormément des cartoons. J’ai conçu des pulls, utilisant les visages de ces héros de dessin animé comme blason de la modernité, très vite devenus cultes dans le monde du hip-hop et du rap. Évidemment, l’absence de copyright facilitait la démarche ! La mode ayant toujours inspiré mon art et inversement, j’ai, à partir des années 80, décidé de décloisonner ces deux univers en créant des robes tableaux, en commandant mes décors à des artistes comme le français Xavier Veilhan[3] etc. J’ai toujours été inspiré par cette force des divergences et ne fonctionne que par opposition, contraire, mise en abime et pulsion de danger.

La Biennale Paris 2018

La Biennale Paris 2018

Est-ce cette recherche d’opposition et ce décloisonnement des arts qui vous inspirent au quotidien ?

J’ai travaillé sur l’alternative durant tant d’années que mon cerveau est devenu une gigantesque bibliothèque des contraires. Il faut toujours cultiver les paradoxes dans une phase créative. Quand on me propose un projet, tout de suite l’idée se met en place. Pour La Biennale Paris par exemple, je n’ai eu qu’une idée. Le Grand Palais est pour moi comme un fragment de ciel cristallisé, un aquarium de l’espace pour lequel j’ai donc proposé un carrousel volant. Mes créations naissent rarement d’une longue méditation, elles sont plutôt liées à une intuition basée sur cinq décennies d’expérience.

©La Biennale Paris 2018

C’était très touchant de voir tant de personnes émues ou intriguées par cet objet volant non-identifié qu’était le carrousel. Cela m’a donné envie de créer d’autres installations de cette audace, et je conseillerais à tous les professionnels de l’événementiel de toujours s’intéresser au sens du lieu et du moment qu’ils créent.

Sur quel point aimeriez-vous insister auprès des organisateurs d’événements ?

Je pense qu’il faut raconter une histoire et intégrer une certaine forme de poésie dans la scénarisation des événements pour engager les visiteurs, même si cela demande de l’implication émotionnelle. Selon moi, mieux vaut simplifier sa mise en scène que se lancer dans un projet trop ambitieux pour lequel nous n’avons pas suffisamment de moyens financiers, humains ou techniques.

N’ayez pas peur de franchir les frontières et osez l’authenticité. L’art est là pour poser des questions et créer le mystère. Le grand luxe du 21ème  siècle est le trouble et non le glamour.

[1] Raymond Loewy, né le 5 novembre 1893 à Paris et mort le 14 juillet 1986 à Monaco, est un designer industriel et graphiste français devenu franco-américain après sa naturalisation.

[2] Roger Tallon, né le 9 mars 1929 et mort le 20 octobre 2011 à Paris, est un designer considéré comme le père du design industriel français.

[3] Xavier Veilhan, né en 1963 à Lyon, est un artiste plasticien français qui vit et travaille à Paris.