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On appelle biomimétisme toute démarche d’innovation qui consiste à transférer et à adapter à l’espèce humaine les solutions déjà élaborées par la nature. Cette démarche cherche non seulement à s’inspirer de la nature mais également à s’en rapprocher afin d’unifier le comportement des individus avec celle-ci. Cet article a pour objectif de mettre en perspective l’organisation spatiale des salons et une démarche biomimétique, et ainsi déceler des sources possibles d’inspiration.

L’espace du salon est un espace normé dans le but de faciliter l’échange entre plusieurs acteurs d’un milieu économique et culturel prédéfini. Cet espace est généralement organisé par une trame classique, permettant d’attribuer x unités de surface à chacun des exposants pour un coût prédéterminé. Ce système spatial et financier a longtemps suffi à garantir un salon efficace et attractif.
Pourtant, depuis quelques années, la démocratisation des échanges commerciaux sur internet a fortement challengé les salons sur leur promesse de retour sur investissement. Les produits qui auparavant étaient découverts en avant-première lors des salons sont aujourd’hui découverts sur les réseaux sociaux, créant un nouveau rapport à l’expérience d’achat (les contacts échangés sur les salons sont eux aussi principalement créés à travers des sites internet spécialisés). Cette nouvelle concurrence implique une remise en question du déroulement des salons professionnels afin de garantir leur pérennité dans le monde professionnel de demain.

Le salon est un évènement qui implique un investissement financier pouvant être considérable de la part de ses participants (visiteurs, exposants…). Au-delà de son intérêt d’échange commercial et social, le développement des qualités spatiales du salon pourrait enrichir significativement l’expérience pour ses visiteurs. Cet aspect souvent sous exploité pourrait à lui seul redonner son attractivité à un évènement bientôt obsolète en garantissant un parcours innovant, divertissant et stimulant ; préférant le relationnel au rationnel. En effet, l’expérience du salon en trame régulière est révélatrice d’un système rationnel, commercial et individuel par l’agencement des stands sans esthétique commune. S’intéresser à la structure de l’organisation spatiale équivaut à identifier les comportements envisagés chez le visiteur afin de l’engager dans un échange relationnel facile et agréable, le mettre corporellement dans les meilleures conditions pour améliorer le confort des échanges collectifs.

le développement des qualités spatiales du salon pourrait enrichir significativement l’expérience pour ses visiteurs

En suivant une démarche biomimétique, nous mettrons en évidence deux exemples de trames provenant de la nature. Cette démarche a pour objectif de favoriser un comportement plus naturel (déambulation, rythme du parcours) chez le visiteur ainsi que de pérenniser sa relation au salon.
La première est une trame hexagonale. On la trouve dans les structures alvéolaires chez les abeilles ou encore dans l’agglomération des molécules d’eau.

La seconde est une trame multi-géométrique se manifestant dans l’interaction entre les micro-algues photosynthétiques unicellulaire ; les diatomées.

Les deux trames présentées ci-dessus impliquent des comportements particuliers lorsqu’elles sont adaptées à l’échelle humaine. La trame hexagonale (illustration 1) par exemple, favorise le sentiment d’appartenance à une communauté. En effet, les visiteurs pourraient, en toute métaphore, « butiner » de stands en stands pour récolter des informations et les partager entre eux. Cette trame permet également d’augmenter le nombre de surface de vitrine pour chacun des exposants et d’accroitre le sentiment de découverte chez les visiteurs. La trame multi géométrique (illustration 2), elle, crée de « l’inattendu » : ses formes et contre formes génèrent des espaces de pause permettant aux visiteurs de se rassembler et d’échanger. Elle induit la notion d’agora ou de village et favorise la cohésion thématique. Le volume des stands peut également s’adapter en fonction de l’espace souhaité par les exposants, leur permettant de créer une expérience unique. Cet esthétique recrée donc un rapport à l’espace plus tourné vers l’humain et la rencontre, et rend cette déambulation commerciale plus « naturelle », confraternelle.

L’organisation spatiale d’un salon pourrait alors correspondre à un algorithme alimenté par des datas prédéterminées (stands, visiteurs, espaces de pause) favorisant une circulation agréable et variée

Ces deux exemples sont un aperçu parmi les multiples variations possibles afin d’enrichir la qualité spatiale des salons et leur permettre de survivre à la dématérialisation croissante des échanges commerciaux et relationnels. Cette qualité sera la véritable plus-value permettant les échanges recherchés par ses participants.

Enfin, des trames spatiales générées par des algorithmes pour construire son événement peuvent-elles représenter un avenir ? L’organisation spatiale d’un salon pourrait alors correspondre à un algorithme[1] alimenté par des datas prédéterminées (stands, visiteurs, espaces de pause) favorisant une circulation agréable et variée. Maîtriser cet algorithme permettrait d’implanter un plan unique pour chaque salon, adapté aux usages des communautés, leurs attentes et souhaits d’expérience à vivre.

[1]Algorithme : Une organisation d’opérations élémentaires de façon séquentielle, parallèle ou distribuée géographiquement pour transformer des données en résultats ou maintenir une relation constante avec un environnement matériel ou informationnel. (Définition de l’informaticien Gérard Berry)