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La rencontre événementielle : une terre que l’on cultive

Camille Sevestre

Camille Sevestre

Alumni Sciences Po, Compte clé e-commerce chez Gers Equipement

Sommaire

Aussi saugrenu que cela puisse paraître, l’Agriculture et le concept de Salon sont similaires dans leur organisation. Si les stands d’un Salon sont disposés de telle sorte que cela soit cohérent et accessible, les parcelles agricoles sont elles aussi organisées selon un plan travaillé afin d’en optimiser l’utilisation et l’accès.

Selon le Larousse, l’agriculture est l’ensemble des activités développées par l’homme, dans un milieu biologique et socio-économique donné, pour obtenir les produits végétaux et animaux qui lui sont utiles, en particulier ceux destinés à son alimentation.

A l’instar des cultures agricoles, le Salon est un moment succinct, résultat de plusieurs mois de travail et s’achevant par un bouquet final. De même, le Salon et l’agriculture ont recours à l’innovation dans le but de réduire les frictions et certains coûts engendrés par l’activité. Néanmoins, chacun a à apprendre l’un de l’autre, notamment le Salon, en termes de gestion des déchets. 

Le dur labeur en amont : la face immergée de l’iceberg

Parmi toutes les personnes qui passent devant un champ de blé au débat de l’été, combien mesurent le travail qui a été fourni pour arriver à ce résultat ? Le blé se sème au mois de novembre et se récolte au mois de juillet, ce qui implique que la terre ait été travaillée en amont et entretenue tout au long du processus de croissance du blé. Ce sont donc 9 mois qui sont nécessaires pour aboutir à la récolte. 

L’agriculteur doit également s’adapter aux imprévus et aux conditions météorologiques. Quand arrive le moment des moissons, il faut travailler encore plus dur pour récolter la quintessence de son travail, les journées sont longues et intenses. 

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Le rideau se lève sur le salon
Un lieu, une mise en scène, différents acteurs, de la documentation… autant d’éléments qui pourraient être utilisés pour comparer l’objet salon à une pièce de théâtre. Au-delà de similitudes esthétiques, ne pourrait-on pas aussi comparer les missions de ses deux évènements ? Après tout, théâtre et salons n’offrent-ils pas tous deux une façon de voir le monde ?

Il en va de même pour l’organisation d’un Salon, qui requiert une importante préparation au niveau des contraintes budgétaires, logistiques et sécuritaires. Il faut également prévoir un calendrier, un plan de communication et surtout trouver les bons intervenants pour faire vivre cet événement. Les organisateurs doivent de surcroît gérer les imprévus techniques et humains puisqu’il est impératif de pouvoir réagir en cas d’absence de l’un des intervenants afin que le Salon demeure attractif le jour J.

Dans les deux cas, la réactivité, ainsi que chaque prise de décision ont leur importance et engendrent des répercussions visibles sur le déroulement de l’événement tant attendu. Un intervenant ne pouvant se déplacer, une longue période de pluie, et la récolte de son travail est compromise. Si on peut aisément imaginer la dureté des métiers de l’agriculture, ce n’est pas toujours le cas pour ceux de l’événementiel. De fait, il serait bénéfique pour ce secteur de valoriser les coulisses, notamment la phase de production/conception d’un événement et ainsi améliorer son image auprès du grand public

L’innovation : un adjuvant précieux

Innover est essentiel afin de satisfaire des besoins sans cesse renouvelés et souvent grandissants, notamment avec l’augmentation de la population.

Ces dernières années, les exploitations agricoles ont commencé à se munir d’outils qui leur facilitent la tâche et leur permettent également de réduire leurs coûts en optimisant l’utilisation des ressources. 

Les agriculteurs sont alors épaulés à chaque étape, tant lors du diagnostic et du travail du sol que du désherbage et des moissons. On a par exemple l‘autoguidage RTK qui permet au chauffeur de se libérer de la conduite dans la parcelle et de repasser dans les mêmes traces d’une fois à l’autre grâce à un signal GPS, ce qui est très utile pour les semis et l’entretien. De même, les capteurs de rendements présents dans la moissonneuse, couplés au GPS et aux vues de drones, génèrent une carte de préconisation qui permet d’ajuster la densité des semis et la dose d’engrais de manière adaptée à chaque lieu. Ces dispositifs permettent de mieux gérer l’allocation des ressources et ainsi de faire des économies. On recherche la maximisation de l’utilité.

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Une immersion pour un dialogue
En tant que futures designers, quelle forme allons-nous donner à l’espace de rencontre ? C’est à partir de cette interrogation que Charlotte, Laurine et Emma construise leur vision de l’événement de demain. Leur projet ? Faire vivre une expérience au visiteur en utilisant des technologies encore trop délaissées ! En s’attachant au concept d’ « immersion », elles développent les moyens d’établir un véritable dialogue entre le salon et son visiteur.

Les événements se dotent, eux-aussi, d’outils visant à automatiser certains processus pour les rendre plus efficaces. Lors du forum carrières de Sciences Po par exemple, les entreprises ont accès aux profils des candidats et peuvent demander des rendez-vous, et inversement. Cette plateforme digitale permet de repérer en amont les personnes que l’on souhaite rencontrer, candidats et entreprises confondus. Cela permet d’aller à l’essentiel. A plus large spectre, les Salons ont su s’adapter pour devenir hybrides, à la fois physiques et digitaux, et ainsi toucher un nombre de personnes plus important. Des « chatbots » se développent dans le but d’engager le dialogue avec les participants à moindre coût. De même, l’intelligence artificielle permet de constituer des « matchs » dans les Salons B2B. A partir des données fournies par chacun, le dispositif conseille d’aller voir certains exposants qui, a priori, correspondent à ce que le participant recherche.

Cependant, et au-delà des fonctionnalités évoquées, les organisateurs de salons et événements pourraient encore davantage s’approprier les possibilités liées à l’intelligence artificielle notamment dans la gestion de l’événement physique et sa communication de données. Cela servirait, par exemple, la génération de nouveaux plans d’organisation mieux adaptés aux différents publics à venir et aux enjeux de la manifestation. On pourrait également rationaliser les processus de conception des espaces et des ressources à utiliser ou encore automatiser les systèmes de remontées terrain en temps réel en cas de problèmes ou de défauts techniques détectés. Enfin, l’intelligence artificielle serait un outil précieux, le jour J, pour mieux identifier les zones froides et chaudes de l’événement et ainsi pouvoir s’en servir pour organiser les prochaines rencontres.

Utiliser les ressources présentes : une source d’inspiration pour les salons

Nous constatons dans un premier temps que l’agriculture utilise dans la majorité des cas, les ressources déjà existantes sur place. Elle a pour cela recours à la conductimétrie qui, comme son nom l’indique, permet de quantifier la conductivité du sol ce qui est très utile pour connaître la teneur en eau, la concentration ionique, la composition et la température du sol. Cela permet d’établir une carte de conductivité qui, ajoutée à la connaissance de la parcelle et à la description des profils permet d’établir une carte de potentiel. Ces cartes permettent d’adapter la culture et le semis à chaque parcelle ainsi que la quantité d’intrants nécessaire.

A l’inverse, nous observons dans un second temps que l’un des problèmes majeurs de l’événementiel est la quantité de déchets produite. Selon l’ADEME, 4 tonnes de déchets sont engendrées lors d’un événement qui rassemble 300 personnes. En effet, la majorité des objets sont en plastique, à usage unique et non triés. Combiner les goodies avec les objets nécessaires au bon déroulement de l’événement serait une piste d’amélioration. Par exemple, les gobelets en plastique seraient remplacés par des gourdes réutilisables personnalisées aux couleurs de chaque intervenant. Lorsque cela n’est pas possible, privilégier les déchets compostables semble être une bonne alternative. L’importance étant d’exploiter ce qui existe déjà afin de limiter la production de déchets.

A plus large spectre, les événements pourraient réfléchir à utiliser les ressources déjà présentes sur places, à deux niveaux. 

Premièrement, à un niveau « facile », il s’agirait de faire appel à des prestataires certifiés, présents dans la même zone géographique que l’événement et utilisant des matières prélevées en France. 

Secondement, à un niveau « prospectif » : nous pourrions imaginer qu’un événement succédant à un autre réutilise une partie des ressources et matériels ayant déjà servi au précédent. Ainsi, cela induirait des bénéfices pratiques, écologiques et logistiques. Il ne serait plus nécessaire de transporter en permanence, ni d’enlever tel ou tel matériel pour le remettre le jour d’après par exemple. 

Bien qu’en apparence, agriculture et rencontre événementielle semblent antinomiques, on note tout de même des points de convergence importants. En effet, l’une et l’autre requièrent un travail important pour aboutir à un bouquet final bref mais retentissant. Elles ont également toutes deux recours à l’intelligence artificielle pour faire progresser leur secteur et simplifier leurs tâches. Néanmoins, les Salons retireraient d’importants bénéfices à s’inspirer de l’agriculture en privilégiant les ressources déjà présentes sur le lieu de l’événement. Le Salon deviendrait ainsi un acteur incontournable de l’économie locale tout en limitant sa production de déchets et en simplifiant les aspects logistiques.

À propos de l'auteur

Camille Sevestre

Camille Sevestre

Alumni Sciences Po, Compte clé e-commerce chez Gers Equipement

Camille Sevestre à vécu à Singapour pendant 4 ans avant d’effectuer ses deux premières années d’études au Havre, sur le campus euro-asiatique de Sciences Po. Après un an d’échange universitaire à Hong Kong, elle intègre le master Marketing en septembre 2019.
Pendant son année de césure, en 2020, elle réalise un premier stage à la Fondation Hôpitaux de Paris - Hôpitaux de France au département mécénat, puis un second en marketing client chez Comtesse du Barry.

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