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Metteur en scène de concerts et de spectacles, producteur artistique d’émissions télévisées et réalisateur, Chris Marques s’exprime sur sa vision de la filière événementielle et les opportunités qu’il voit pour son évolution. De son parcours en tant que producteur d’émissions et de concerts jusqu’à son expérience des salons, il retrace les enseignements et ses observations sur l’évolution du secteur.

Pour commencer, pouvez-vous nous parler un peu de vous et de votre parcours ?

J’ai commencé il y a 20 ans en travaillant dans l’informatique, j’étais le plus jeune directeur de commerce électronique en Europe. A l’époque, mon métier consistait à analyser et comprendre les possibilités qu’offrait le Big Data pour servir la stratégie d’entreprise, puis de mettre en place une personnalisation des échanges avec nos clients. J’ai également, par exemple, mis en place une des premières solutions en ligne ou la solution SAP était alliée à une base de données Oracle agrémentée d’un middleware de personnalisation de contenu en ligne, en quasi temps réel. C’était un métier prospectif qui nourrissait mes ambitions artistiques. J’ai ensuite complètement basculé dans le monde du spectacle. Ce qui m’a intéressé, c’est le développement de spectacles, leur mise en scène et l’utilisation de l’espace à travers les lumières, les nouvelles technologies, etc.

Par la suite, je me suis fait connaitre du grand public en France grâce à TF1 et l’émission « Danse avec les stars ». Les gens me connaissaient comme juge de l’émission, alors qu’en réalité j’en étais aussi le producteur artistique adjoint durant les 6 premières saisons.  J’ai eu la chance de pouvoir travailler sur un format que je connaissais par cœur en Angleterre – j’avais œuvré sur la version originale anglaise – et de pouvoir adapter le concept aux spécificités, tendances et goûts français. C’est grâce à ce travail que nous avons pu faire un spectacle un peu plus pop que la version originale, notamment en utilisant de nouvelles technologies telles que le tracking, la 3D, la 3D temps réel, etc. Le format anglais est basé sur l’amour des anglais pour le kitch. C’est une émission qui est un peu comme un vieux fauteuil, on l’adore. Elle fait des chiffres gigantesques mais l’émission est plutôt « old school », moins pop et contemporaine que la version française.

Pour en venir au Salon, quelle est votre expérience, personnelle et professionnelle de cet univers ?

J’ai l’expérience du Salon grâce au monde du spectacle et du concert. Par exemple, j’ai participé au Prolight + Sound, qui est l’un des plus grands salons à Francfort dédié aux technologies de lumière, de son et d’écran, tout ce qui a à voir avec la technique d’un événement. Ce sont des salons très techniques sur lesquels on se déplace spécialement pour découvrir des nouveautés dans le milieu. J’ai aussi participé à des salons sur le plan professionnel, comme prestataire d’animations de stand à travers ma compagnie de danse au Royaume Uni. En tant que particulier, je côtoie les salons anglais, comme le Ideal Home Show et le Chelsea Flower Show. L’anglais a une relation avec le Salon assez intéressante, il adore ça et il s’y rend en famille.

 

Pour les familles anglaises, les salons c’est the place to be. Quelle serait pour vous la différence entre les salons français et les salons anglais ?

C’est difficile à expliquer car il existe 2 types de Salons. Nous avons, par exemple, le Chelsea Flower Show qui est presque une institution, placée sous l’égide de la reine d’Angleterre avec des compétitions pour désigner le plus beau jardin. C’est une vraie expérience, on parle beaucoup de créer des expériences réelles dans les salons et le Chelsea Flower Show est un salon qui réussit son coup.

On va le différencier des salons professionnels, ces salons-là sont des démonstrations techniques de matériel, des endroits où l’on va en tant que professionnel pour trouver des innovations. Maintenant, en tant que particulier, quand je me rends à un salon, que ce soit Ideal Home Show ou la Foire de Paris, que j’aime beaucoup, il y a un sentiment d’immensité, d’une succession d’exposants sans réel lien entre eux (hormis les produits qu’ils vendent). Les salons anglais ont la capacité de vous faire oublier le côté vente et commerçant, en vous faisant quasiment croire que vous venez passer une journée de divertissement. La vente des produits devient une annexe subtile de l’expérience. Relayer l’aspect commercial à l’arrière-plan donne l’illusion d’une expérience sociale détachée d’intérêts économiques.

Les salons anglais ont la capacité de vous faire oublier le côté vente et commerçant,en vous faisant quasiment croire que vous venez passer une journée de divertissement

© Chris Marques

Vous êtes aussi organisateur d’événements, notamment de concerts et tournées, comment faites-vous chaque année pour vous renouveler et susciter l’attention du public ?

Cela dépend des marques et produits à développer. Si on prend l’exemple de Stars 80, le spectacle était sur les routes depuis une dizaine d’années mais quand j’ai récupéré le projet, en tant que metteur en scène, j’ai analysé tout ce qui avait été fait. Je me suis alors rendu compte que l’on n’avait pas assez creusé les années 80 et toute la culture qui en découle. J’ai donc analysé les tendances de mode de l’époque, les visuels de pub, les iconographies, etc, pour tenter de comprendre puis réinterpréter ces années 80, à travers le prisme d’aujourd’hui. L’enjeu était de rendre cette période intéressante pour un nouveau public tout en restant fidèle et pertinent pour ceux qui ont vécu et aime cette époque. Chaque spectacle se travaille différemment au regard de son histoire et il faut aller au bout du concept.

Vous souhaitez donc immerger le spectateur dans un univers et créer une expérience dans laquelle il se laisse guider ?

Il est important de créer une expérience complète car quand on met en scène un concert, on se retrouve littéralement dans une boîte noire. Cela peut à la fois être un avantage et un inconvénient. Nous ne sommes pas dans des lieux, comme les théâtres par exemple, qui ont une âme ; on doit travailler avec des salles qui ne racontent rien. C’est pourquoi il est essentiel de créer un univers autour de notre spectateur, que ce soit au niveau des sonorités employées ou de l’habillage des écrans LED – tout ce qui nous permet d’aller encore plus loin dans l’expression graphique d’une époque. Cela revient à créer un univers pour y plonger le spectateur pendant le temps du spectacle.

En ce moment, on parle beaucoup de nouvelles technologies. Vous avez par exemple mis en place l’interactivité avec le public pour la tournée « Danse avec les Stars ». Quelle est, selon vous, l’attente du public en expériences digitales aujourd’hui ?

Les attentes digitales sont assez intéressantes car toutes les études que l’on peut trouver sur ce sujet prouvent que les pratiques digitales sont générationnelles. Chaque génération a donc des usages différents au quotidien. Par exemple, les 12-14 ans ne peuvent pas assister à un spectacle sans faire autre chose avec leur téléphone. Au début, ils filmaient le concert. Maintenant, tout en le filmant, ils le commentent en direct sur les réseaux sociaux et avec leurs amis. Ils ne consomment pas un concert tel qu’il est proposé, ils le consomment de manière augmentée. On voit aussi apparaître cette évolution à la maison avec le multi-écrans, les gens regardent une émission à la télévision en étant simultanément sur leur tablette et téléphone. Ce type de consommation de contenu leur permet d’exister sur les réseaux sociaux, notamment en partageant leurs réactions et prises de position en direct, et de se tenir au courant des tendances d’opinions de leurs pairs.

L’approche digitale
doit raconter et ouvrir un tout autre univers virtuel autour
de la réalité
du Salon

Aujourd’hui, les pratiques digitales dépendent du public auquel on s’adresse. Si on cherche à interagir avec le public des 12-16 ans, il faut une approche digitale bien au-delà d’une simple présence digitale. Pour qu’elle soit adaptée à cette tranche d’âge, elle doit être à la fois complète et subtile. Elle doit rendre le Salon intéressant et compléter ce qui est visible physiquement, rajouter une couche inexistante d’informations, permettent d’autres initiatives, etc. Il ne faut pas simplement que ce soit un outil qui montre une information qui existe déjà. L’approche digitale doit raconter et ouvrir un tout autre univers virtuel autour de la réalité du Salon.

Mais est-ce que cela n’empêcherait pas les générations moins impliquées dans le digital de profiter pleinement du Salon ?

Non, car justement chaque génération a ses besoins. La génération des 40-60 ans n’a que peu d’intérêt pour un univers virtuel, en revanche elle a réellement envie d’aller échanger, rechercher des interactions plus poussées et découvrir des choses, elle veut vivre le Salon dans le présent. C’est pourquoi une action digitale aujourd’hui ne peut pas être une action générale, il faut absolument qu’elle soit spécifique pour telle ou telle génération et la façon dont on les approche. Nous vivons une époque charnière sur une problématique qui n’existera plus d’ici une trentaine d’années. Aujourd’hui, et pour encore une quinzaine d’années, nous avons des générations qui ont des relations différentes au digital et qui doivent être traitées différemment. Si vous souhaitez développer le digital pour un public plus jeune, ça ne veut pas dire qu’il faut oublier d’intégrer du spectaculaire dans l’espace réel pour les autres générations.

Comment voyez-vous le futur du Salon ? Quels sont les enseignements qu’on peut tirer de votre expérience du spectacle ?

Au-delà de ce que je peux faire en spectacle, la technologie qui aura sans doute le plus d’impact sur les salons n’est pas la réalité virtuelle, mais plutôt la réalité augmentée. L’intérêt du digital pour les salons est de créer une superposition d’informations et d’activités sur l’expérience réelle.  Et c’est là où les salons vont réellement exceller et créer une vraie ingéniosité, pour pouvoir créer un univers autour des stands.

 

Si l’on s’intéresse au secteur événementiel dans sa globalité, quels sont les facteurs de l’excellence française ?

Dans le monde de la lumière, il y a un niveau d’innovation en France absolument incroyable. Le monde entier vient chercher cette excellence en France. On est dans l’innovation, et c’est incroyable de se dire que dans un secteur assez spécifique – tel que la lumière – on arrive à innover et à se réinventer. En France, nous sommes constamment en quête d’innovation. Pendant longtemps, les coûts poussaient l’innovation hors de nos frontières mais depuis quelques années, la France commence à redevenir attractive pour ceux qui innovent. D’une manière générale, l’un des avantages qui nous différencie du monde entier est notre valorisation et protection de la propriété intellectuelle.

 

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