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L’article en trois points : 

– Le digital est un complément au présentiel, permettant d’apporter de nouveaux usages aux événements pour faciliter la vie des organisateurs et participants, mobiliser et remotiver les équipes, maintenir les rencontres et faire rentrer des recettes.

– Développer une stratégie de contenu digital n’apporte pas de recettes directes mais des retombées indirectes.

– Les événements devront être encore plus qualitatifs dans le visitorat invité.

Pierre-Henri Deballon

Co-founder et CEO de Weezevent et Président non exécutif chez Paris&Co.

L’équipe de L’Innovatoire a rencontré pour vous Pierre-Henri Deballon, Co-founder et CEO de Weezevent, ainsi que président non exécutif chez Paris&Co. Pierre-Henri nous présente aujourd’hui ses observations et constats sur la période vécue, également sa vision de l’événement de demain. Full digital, hybride, présentiel… la rencontre humaine ne serait-elle pas le sel de l’événementiel ?

Pouvez-vous nous présenter Weezevent et son approche du marché ?

En tant qu’anciens organisateurs d’événements, nous avons au commencement décidé de créer ce service dont le cœur de métier est la billetterie car nous avions le sentiment que quelque chose manquait sur le marché. Pour vendre des billets sur internet, il nous a fallu considérer notre site internet comme un magasin sur lequel nous allions pouvoir vendre notre produit. Nous souhaitions avant tout, redonner le pouvoir à l’organisateur en lui donnant la possibilité de vendre lui-même sur son site internet.

Plusieurs briques se sont ensuite rajoutées à Weezevent, comme la brique de contrôle qui permet d’accompagner l’utilisateur dans sa mise en place de la billetterie sur le terrain, puisque nous sommes réellement attachés à ne pas juste fournir que des technologies. A cela s’ajoute la mise en place du service cashless depuis 2015, qui répond à d’énormes problématiques comme le vol, la non-présence de distributeurs dans certains lieux ou événements, et qui propose également un suivi en temps réel des données sur la consommation du public présent, en plus de pouvoir créer, par exemple, des actions ciblées ou des opérations spéciales.

Sur le plan digital et marketing, toutes ces données obtenues grâce au cashless sont stratégiques. Elles ont permis le lancement récent d’un outil de CRM dans lequel nous pouvons créer des groupes de personnes qui répondent à des règles dynamiques très fines.

En tant qu’observateur de cette période de fermeture administrative des événements physiques, quels sont constats que vous avez pu faire en termes d’usage digital des acteurs ?

Je distingue l’événementiel grand public et l’événementiel professionnel. Pour le premier, la question du digital se pose réellement dans le sens où les organisateurs souhaitent garder le contact avec leurs clients, maintenir le lien et proposer des événements malgré tout. Cependant cela se heurte très vite à une réalité économique et technologique puisque le coût de la captation est souvent assez élevé. Le digital trouve également sa limite car le public se lasse déjà des événements en ligne, et les organisateurs ne veulent pas proposer uniquement cela. Les professionnels de la filière sont des personnes qui aiment leur métier et qui ont besoin de ce frisson d’organiser des événements en physique.

Du côté de l’événementiel professionnel, l’approche est différente car il a une notion beaucoup plus économique, business, ROIste. La question à se poser au début de la crise était donc : comment arriver à atteindre l’objectif de communiquer en interne en équipe, de lancer un produit par exemple, de faire du business,… avec l’événement qui n’est plus un support ? Créer de nouveaux formats est une des réponses à apporter mais ceux-ci se heurtent, aussi, à des réalités économiques et au besoin de l’Homme de se retrouver. Pour moi l’intérêt business d’un événement digital est réduit parce que finalement, pourquoi n’enverrait-on tout simplement pas un mail à une base de données qualifiées ?

Pousser le digital à fond et apporter de nouveaux usages aux événements pour faciliter la vie de l’organisateur est nécessaire. Mais je ne crois pas que les événements physiques deviendront demain des événements full digitaux ! Voyons cela plutôt comme un complément, qui permet ponctuellement de mobiliser et remotiver des équipes, de faire rentrer des recettes et maintenir le lien client, donner une raison d’être aux organisations de salons, mais nous avons besoin de vibrer avec le reste du public, en présentiel. Certains événements comme le Tour de France et le Salon de l’Agriculture sont des marqueurs temporels forts, des lieux où les gens se rendent dans une logique presque familiale.

Je pense que le sel de l’événement est la rencontre humaine, et qu’il y aura un besoin d’autant plus fort de se rencontrer après cette crise, dans cette société qui a de plus en plus tendance à se dématérialiser.

Y’a-t-il des tendances en termes de contenu, formats, initiatives, visions qui vous ont marqué ?

Dans l’ensemble, ce qui m’a réellement marqué dans les interviews que nous avons réalisées pour la création de nos podcasts, c’est que les gens veulent maintenir l’événement et la rencontre coûte que coûte, et cela peu importe le format. Cela montre à quel point l’énergie et l’envie sont toujours là.

Sinon, l’événement BIG de BPI France, en octobre 2020, m’a beaucoup marqué ! C’était un événement physique à jauge adaptée mais avec une diffusion très qualitative en ligne pour les personnes à distance, grâce à l’univers et au décor qui avaient été créés pour l’événement. Des outils virtuels ont été mis en place pour qu’il y ait une forme de communication avec la communauté en permanence. Trouver et construire des messages pour ses communautés et faire en sorte qu’elles soient plus engagées pendant les événements, surtout à distance, est une tendance de fond essentielle à travailler.

Enfin, ce qui m’a marqué est l’apparition de beaucoup de concepts « farfelus » comme la combinaison de cosmonaute créée par une startup de la Silicon Valley, ou encore un casque de moto transparent pour pouvoir communiquer plus facilement. Ces créations me rappellent que parfois l’innovation pour l’innovation, ça n’amène pas forcément que du bon. Il faut donc, dans ces périodes, à la fois se renouveler et imaginer la suite, sans tomber dans des innovations sans aucun sens.

Être proche de ses publics et les accompagner pendant la crise s’est révélé comme un point stratégique majeur. Que conseilleriez-vous pour développer des stratégies relationnelles efficaces ?

Je vais reprendre l’exemple de Weezevent pour illustrer ma réponse. Cela fait des années que l’on se dit que nous avons en notre possession un trésor de guerre avec tous les organisateurs avec lesquels nous sommes en relation, et que cela ferait sens pour eux comme pour nous de se réunir pour qu’ils puissent échanger de bonnes pratiques, s’ouvrir à d’autres secteurs d’activité. Ces personnes ont des choses à partager alors pourquoi ne pas créer un dispositif pour le faire ?

Cette nouvelle stratégie relationnelle digitale se heurte malgré tout à une réalité économique, car je peux comprendre qu’un organisateur qui était déjà précaire avant la crise, peut trouver cela déstabilisant de mettre en œuvre une stratégie digitale. Nous le voyons avec le podcast dont j’ai parlé, c’est un effort de contenu assez lourd, qui a des vertus indirectes business car nous avons signé avec de nouveaux clients, nous avons renforcé les relations et la notoriété de notre marque, mais je ne peux pas dire qu’il s’agisse aujourd’hui d’une source de revenus directe. Il s’agit plutôt d’une source de coût et d’investissement.

Enfin, vous êtes exposant sur plusieurs salons français et internationaux. Qu’attendez-vous de l’événement, et notamment du salon de demain ?

Ce que j’attendrais le plus est une meilleure segmentation des publics car c’est un enjeu assez fort. C’est-à-dire qu’il y a un très grand visitorat sur les événements, mais seulement 15 à 20 prospects qui intéressent réellement les marques.

Je souhaiterais donc que nous puissions être capables de mieux identifier et repérer nos prospects en amont, afin de les toucher plus facilement et de pouvoir leur montrer nos produits. Moins de volume, plus de ciblage. 

Dans une réflexion globale et de logique totale de ROI, les stratégies de pricing pourraient être modernisées.

Aujourd’hui un stand se loue au m², mais pourquoi ne pas payer notre emplacement en fonction de ce que notre présence sur l’événement nous a rapporté ? 

Si je paie 8000 euros mon stand mais que je gagne 1 million en signant avec l’organisateur de la Coupe du Monde de Football, je suis prêt et capable de payer 30 000 euros. Mais si à l’inverse je reviens penaud, j’aimerais avoir la possibilité de ne payer seulement que 2000 euros par exemple. Ce système qui ressemble à une logique de partenariat entre l’exposant et l’organisateur, réduirait finalement considérablement mon risque et pousserait tout le monde à mesurer et rendre encore plus qualitative et performante la rencontre, dans l’intérêt de tous.