6 MINUTES DE LECTURE

Avant la crise sanitaire, l’équipe de l’Innovatoire a rencontré pour vous Guillaume Meurice. Humoriste sur scène et voix familière grâce à la chronique « Par Jupiter » sur France Inter, il nous livre sans filtre son ressenti sur les salons, dont il est un fervent et piquant visiteur. Il dépoussière ici leur image parfois qualifiée de « vieillotte », à travers ses yeux de chroniqueur qui apprécie tout particulièrement les sujets de société.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai commencé par obtenir un DUT de gestion à Besançon. Par la suite, ne voulant pas être comptable et étant un grand fan de foot, je me suis installé à Aix en Provence pendant un an.

C’est là-bas que beaucoup de personnes m’ont dit de faire du théâtre, et je suis donc venu à Paris sans un sou en poche pour tenter l’aventure ! J’ai suivi les cours Florent et au fur et à mesure, j’ai pu rencontrer des gens avec qui j’ai monté quelques petits projets, notamment des scènes ouvertes à Paris puisque j’ai toujours aimé rire. J’ai ensuite créé mon premier spectacle et en 2012, j’ai appris qu’une nouvelle émission allait se lancer sur France Inter, où les concepteurs ne souhaitaient avoir que des nouvelles voix et des personnes qui faisaient de la scène. J’ai animé cette émission pendant deux ans avant de me voir proposer la chronique « Par Jupiter », au début appelée « Si tu écoutes, j’allume tout ». Son but était d’être originale, de faire des micros-trottoirs : une aventure parfaite pour moi, car j’aime les sujets de société et cela m’a naturellement mené à visiter les salons et événements.

Pourquoi se rendre sur des salons ? Quelle observation en faites-vous ? 

Il est pratique de se rendre dans les salons parce qu’il y en a plein, tout le temps, partout et sur toutes les thématiques. On y rencontre de nombreux professionnels qui sont disposés à nous parler de ce qu’ils font, ou de ce qu’ils ne font pas et je trouve donc toujours quelqu’un à interroger quel que soit le sujet, finalement.

J’aime me rendre sur des salons car ils sont la vitrine économique du pays, et je pense que c’est là que se trouve le véritable pouvoir, dans l’économie. J’aime alors rencontrer les professionnels présents pour savoir ce qu’ils font, ce qu’ils pensent. J’aime bien aller les chercher sur leurs contradictions, puisque les humains se contredisent tout le temps. Je suis passionné par ces personnes qui sont dans le déni ou qui se mettent volontairement des œillères. L’Homme est plein de contradictions et c’est ça qui m’intéresse dans mes interviews.

Selon moi, il y a un véritable phénomène de classe dans les salons. 

Quant au salon en lui-même et selon moi, il y a un véritable phénomène de classe qui est visible. Quand j’arrive sur les lieux, la première chose que je peux voir, ce sont les stars du lieu, ceux qui ont les moyens de se payer les plus beaux stands et les plus beaux éclairages. Puis, dans un second temps, je vois des petits satellites qui gravitent autour. Je préfère d’ailleurs souvent interroger ceux qui sont à la marge, sur le côté, pour avoir une vision réelle de ce qu’il se passe sur le terrain car il y a moins de langue de bois.

Avec ces multiples visites, que pensez-vous de la place que prend la communication chez les marques présentes sur les salons ?

Il y a bien sûr un vernis de communication sur les salons et ce phénomène est très intéressant à observer. Nous pouvons directement voir que les grosses marques ont des chargés de communication avec des éléments de langage qui ont été travaillés en amont, avec un réel travail de fond.

Pour moi, pour la chronique, c’est d’ailleurs aujourd’hui un véritable défi que de contourner et déverrouiller la communication des marques. Dans un salon, chaque entreprise est là pour nous montrer qu’elle est la meilleure et qu’elle est indispensable, cela à travers ces fameux outils et éléments de langage. Si j’arrive à faire dérailler la communication officielle, j’ai alors accès à une source de contenu différente et surtout autrement plus intéressante pour la chronique et les auditeurs que le langage officiel.

La communication est présente partout. Je ne suis pas contre, mais le problème survient quand cela ne devient que de la communication, car on peut se demander ce que cela rapporte réellement au citoyen ? 

Avez-vous l’impression que les entreprises ont bien intégré les enjeux citoyens et sociétaux ? Ou avez-vous le sentiment que cela reste encore du marketing pour beaucoup d’entre elles ?

A mes yeux, il s’agit clairement de marketing mais il ne faut pas juger trop durement les marques non plus, qui agissent sous une pression parfois forte de la société civile qui rend difficile leur travail, alors que cette même société civile a ses contradictions aussi.

En effet, par exemple nous savons tous dans quelles conditions sont faits les pulls qui viennent du Bangladesh grâce aux moyens d’information actuels, mais on ne se l’avoue pas et on préfère ne pas trop en parler, car on a parfois peur de la pression que pourrait exercer la société sur nous. Chacun de nous est pris dans ce que j’appelle cette dissonance cognitive générale.

Pour en revenir aux entreprises, elles se servent parfois des dernières tendances pour vendre des mauvaises choses, et en viennent à faire du green washing pour faire croire qu’elles sont durables. Par exemple, vous allez avoir des marques qui ne partagent aucune valeur éco-responsable mais qui sont présentes sur des salons dont la thématique est le développement durable. C’est de la communication et une mauvaise utilisation du marketing.

qu’auriez-vous envie de dire à nos lecteurs, au sujet des salons, si vous étiez face à eux ?

En tant que visiteur je ne me suis jamais senti mal dans un salon et je ne me suis jamais dit qu’il manquait quelque chose en particulier. Je pense qu’il faudrait surtout demander leurs ressentis aux exposants, car ce sont eux qui sont au cœur du sujet en étant présents sur leurs stands toute la journée, et parfois chaque année dans certains salons. Le fait-on vraiment ?

J’ai l’impression que les gens sont tous détendus et heureux de se retrouver pour pouvoir parler de leur filière et de leur boulot.

En réalité, en tant que visiteur, je tombe toujours sur des gens très agréables. J’ai l’impression que les gens sont tous détendus et heureux de se retrouver pour pouvoir parler de leur filière et de leur boulot. On a réellement le sentiment que les professionnels de cette communauté vivent à travers cette passion qu’ils partagent entre eux, mais également la passion qu’ils peuvent nous transmettre quand on s’adresse à eux. Passion qui se traduit parfois à travers les différents jargons qu’ils utilisent, qui sont drôles à entendre, mais qui reflètent finalement ces retrouvailles entre passionnés. En général, les visiteurs qui ne font pas partie de ce milieu ne comprennent rien du tout, mais je ne trouve pas cela forcément excluant car tous les salons ne sont pas destinés au grand public. Cela reste amusant à observer.

Interview réalisée par Margaux Arnoud / Article rédigé par Marie Dehail